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La Cena

   Posted by: lfpncornelius   in

Chez les Romains, le repas du soir (cena) donne lieu à un rituel convivial et social.

         Un repas frugal

Aux premiers siècles de la République, l’austérité domine dans les repas. Le plat principal est alors le pulmentum, une bouillie de grains cuite dans un chaudron de bronze. Caton l’Ancien (De re rustica LXXXVI) en donne une recette:

Puls Fabata: « On met une demi-livre de pur froment dans un mortier propre, on le lave bien, on en détache l’écorce, et on le tamise; après l’avoir mis dans une marmite, on le fait cuire dans de l’eau pure. Après la cuisson on y ajoute du lait peu, à peu jusqu’à ce qu’il s’y forme une crème épaisse« .

            L’ordinaire s’améliore

Peu à peu, les Romains améliorent leur ordinaire avec trois repas par jour:

Jentaculum: petit-déjeuner frugal prit le matin au réveil. Tout d’abord composé de pain et d’eau, il s’enrichit par la suite de fromage, d’olives et de fruits.

Prandium: repas rapide prit vers midi. Composé des mêmes mets que le jentaculum agrémenté d’un peu de vin. Cependant, la plupart des Romains mangent à l’extérieur et achètent des plats dans les popina, ces tavernes et boutiques qui bordent les rues commerçantes. Ce sont surtout des bossions qui sont vendues: vin agrémenté de miel, d’épices, d’herbes ou de résine. Mais les Romains peuvent aussi acheter du pain et des plats chauds (soupes, saucisses, ragoûts). D’autres boutiques proposent des charcuteries, du poisson, des fruits et des légumes…

Cena: le repas du soir prit à 3 heures de l’après-midi et qui dure jusqu’à la tombée de la nuit. C’est le seul repas chaud de la journée. Les Romains consomment des œufs, du poisson, de la bouillie de céréales, du lait, des fruits et des légumes, surtout des olives et des figues.

Caton l’Ancien (De re rustica, LXXXV), adepte de la frugalité propose cette fois-ci une recette de bouillie cathaginoise (Puls Punica): « Faites bien digérer dans l’eau une livre de gruau, placez-le ensuite dans une auge propre, incorporez-y trois livres de fromage nouveau, une demi-livre de miel, et faites cuire dans une marmite neuve« .

            Un dîner sénatorial

A partir du IIIème siècle, dans la haute société, lorsque l’on reçoit des invités, la cena donne lieu à un rituel bien précis. Tout d’abord, on reçoit ses invités dans un grand triclinum, bien décoré. Trois lits inclinés sont disposés en « U » autour d’une table où sont posés les plats. Ceux-ci peuvent être servis dans de la vaisselle en argent. Le nombre de convives minimum est de 3 (chiffre des Grâces) et le nombre maximum de 9 (chiffre des Muses). Trois convives s’installent par lit. Le lit du milieu (medius lectus) est réservé à l’invité d’honneur qui s’installe à la place de droite. Le maitre de maison prend la 3ème place du second lit, qui se trouve à gauche. Les cena sont réservés aux hommes. Les femmes et les enfants sont parfois installés autour d’une table. Les invités sont débarrassés de leurs manteaux et de leurs chaussures par les esclaves.

La cena

La cena commençait par la gustatio (hors d’œuvre) destinée à ouvrir l’appétit, toujours composé d’œufs, et servit avec du vin miellé (mulsum). Suivait la prima mensae qui devait comporter quatre services, soit au minimum quatre plats différents. Le maitre de maison devait surprendre ses invités, soit par ses plats, soit par les festivités qui l’accompagnaient (musique, spectacle, poésie…). La secondae mensae compose le dessert et il est servit avec beaucoup de vin, mais celui-ci est toujours coupé d’eau. Les invités prenaient le temps de discuter et de se divertir, en récitant des poèmes, chants ou en contemplant un spectacle privé.

Le plus gourmet des Romains était Lucius Licinius Lucullus. Il rapporta du royaume du Pont la cerise et servait de somptueux banquet (vers 60 av jc). Selon Plutarque, « couché sur des lits de pourpre, on le servait en vaisselle ornée de pierreries; il avait, pendant ses repas, des chœurs de danse et de musique, et faisait servir sur sa table les mets les plus rares et les plus exquis, les pâtisseries les plus recherchées (…) Un jour qu’il soupait seul, on ne lui servit qu’une table avec un souper médiocre; mécontent, il fit appeler son maître d’hôtel. « Je ne croyais pas, dit cet homme, qu’il fut besoin d’un festin splendide, n’y ayant personne d’invité. – Eh! ne savais-tu pas, répondit-il, que Lucullus soupait ce soir chez Lucullus? »