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Le gouvernement

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Le gouvernement romain républicain repose sur trois organes politiques: les magistrats, le Sénat et l’Assemblée du Peuple.

           La fondation de la République

Les Romains ont chassé le roi étrusque Lucius Tarquinius Collatinus en 513 av jc car ils ne supportaient son pouvoir tyrannique. Lucius Junius Brutus, qui fomenta cette révolution de palais, fit ensuite voter une loi (en 509 av jc) pour l’abolition du pouvoir royal, la Lex Junia de Tarquiniis exilio multandis. Tout aspirant à la royauté sera déclaré sacer, c’est-à-dire maudit et condamné à mort. Le pouvoir passa dans les mains du conseil des patres, c’est-à-dire le conseil des sages qui entourait le roi Tarquin. Mais à la mort de Junius Brutus,  en 493 av JC, un certain Publius Valerius voulu devenir roi. Il pensait pouvoir contenir la colère populaire avec la petite armée dont il s’entourait. Mais, se rendant compte qu’il n’était pas assez puissant pour gouverner, il finit par s’incliner devant le peuple. Il reçut alors le surnom de Publicola (ou Poplicola en vieux latin), c’est-à-dire « celui qui honore le peuple ». L’alliance du peuple et du Sénat a été scellée par la nouvelle devise de Rome: Senatus Populusque Romanus, soit « Le Sénat et le Peuple de Rome« .

          Le fonctionnement de l’Etat

Les comices (= Assemblée du Peuple) élisent chaque année les magistrats. Deux consuls gouvernent l’Etat pendant un an, assistés par les autres magistrats, et par le Sénat (nommé à vie).

I. Les magistrats

Après 493, deux magistrats, les praetores, sont élus par le Peuple, et le conseil des sages, qui devient le Sénat, ratifie les élections. Au milieu du Vème siècle, les praetores prennent le nom de consules. En 493 sont aussi créés les tribuns de la plèbe. Leur rôle est de défendre les plébéiens contre l’oppression des nobles. Ils sont tout d’abord deux, puis dix à partir de 471. Ils sont assistés de deux édiles plébéiens, à l’origine, il s’agissait des gardiens du temple plébéien du dieu Cérès. Vers 435 apparaissent les censeurs. Ils sont deux, chargés de classer les citoyens selon leur cens. Quand les deux consuls quittent Rome, ils sont remplacés par un praefectus Urbi, qu’ils désignent eux-mêmes. Cependant, en 367, une nouvelle magistrature est créée, celle de préteur urbain. Les questeurs sont tout d’abord les secrétaires des consuls, avant que cette fonction ne devienne une vraie magistrature.

Les deux consuls

            Le pouvoir exécutif

Les magistrats représentent le pouvoir exécutif. Ils possèdent à la fois des pouvoirs politiques et religieux:

– Tous les magistrats jouissent de la potestas (le pouvoir administratif), mais seuls les magistrats supérieurs jouissent de l’imperium (droit de vie et de mort).

– Tous les magistrats ont le droit de prendre les auspices. Mais certains ont le ius auspiciorum maiorum, tandis que les autres ont seulement le ius auspiciorum minorum, et ne peuvent l’exercer qu’à Rome.

             Le cursus honorum   

La Carrière des Honneurs (cursus honorum) représente tous les échelons administratifs et les charges que doit au préalable effectuer dans l’ordre tout homme politique souhaitant parvenir au consulat. A Rome, le consulat est la magistrature suprême, car les consuls donnent leur nom à l’année en cours. Tous les magistrats sont nommés pour une durée d’une année, sauf prolongement exceptionnel de certaines charges.

               Conditions d’éligibilité

Le candidat à une magistrature doit effectuer une campagne électorale revêtu d’une toge blanchie à la craie (toga candida). Il peut offrir des banquets, des jeux, faire des promesses, mais la corruption trop flagrante des électeurs peut donner lieu à des poursuites (lois contre la brigue). Les magistratures sont soumises à des conditions d’âge minimum:

Avant G. Gracchus (<123)

Après G. Gracchus (>123)

QUESTURE

28 ans

31 ans

TRIBUNAT

(facultatif – réservé aux plébéiens)

34 ans

EDILITE

31 ans

37 ans

PRETURE

34 ans

40 ans

CONSULAT

37 ans

43 ans

En outre, le cumul des charges est interdit. Il faut observer deux ans d’intervalle entre deux magistratures patriciennes. Enfin, un même mandat ne peut être renouvelé qu’après 10 ans d’intervalle.

             Les magistratures

Les questeurs: C’est la première charge du cursus honorum. Pour être éligible, il faut avoir effectué 10 campagnes militaires (soit dix ans de service actif). Ils sont tout d’abord deux, puis leur nombre augmentent au fur et à mesure des conquêtes. On compte tout d’abord deux questeurs patriciens, puis quatre, dont deux plébéiens après 421. Ensuite, deux questeurs suivent les consuls aux armées, alors que 4 restent à Rome pour s’occuper du trésor public. En 81, le dictateur Sylla fait passer le nombre des questeurs à 20, puis César portera ce nombre à 40. Les questeurs sont chargés d’administrer les finances publiques, que ce soit à Rome, dans les provinces ou aux armées.

Les tribuns de la plèbe: Ils sont 10. Ils sont sacro-saints, ce qui veut dire qu’ils possèdent l’inviolabilité. Celui qui porte la main sur un tribun est déclaré sacer (maudit). Ils peuvent convoquer les Conciles plébéiens (concilia plebis) et les comices tributes. Ils possèdent le droit de veto (ius intercessionis). Les tribuns de la plèbe peuvent proposer des lois. Cependant, certains tribuns abusent des pouvoirs considérables qu’ils détiennent pour provoquer des séditions dans l’Etat.

Un tribun de la plèbe

Les édiles: on compte deux édiles curules et deux édiles plébéiens. Il s’occupe de l’administration de Rome: voirie, police, approvisionnement, organisation des jeux. C’est une charge très couteuse, mais prestigieuse car elle est un excellent tremplin pour se faire connaître du peuple et ensuite se faire plus facilement élire consul.

Les préteurs: en 367, on créa la magistrature du préteur urbain, chargé de rendre la justice à Rome. En 241, on créa celle du préteur pérégrin, chargé de s’occuper des affaires juridiques des étrangers. Puis quatre autres magistratures furent créées afin d’administrer les provinces (Sicile, Sardaigne et les deux Espagne). Sylla porta le nombre des préteurs à 8, puis César à 16.

Les consuls: Les deux consuls détiennent le pouvoir exécutif. Ils convoquent et président le Sénat et les Comices. Ils commandent aux armées. Enfin, ils donnent leurs noms à l’année de leur mandat.

            Autres magistratures

Les censeurs: ils sont deux élus tous les cinq ans parmi les anciens consuls. Ils demeurent en charge 18 mois maximum. Ils procèdent au recensement des citoyens, ils tiennent à jour l’album du Sénat, se réservant le droit d’exclure des sénateurs dont les mœurs contreviennent à la morale républicaine.

Les proquaestores: les questeurs qui sont prorogés dans leurs tâches pour une année ou plus.

Les propraetores: titre d’un gouverneur de province après sa charge de préteur urbain ou pérégrin effectuée à Rome. Titre d’un magistrat en charge du camp d’une armée en l’absence de son général en chef.

Les proconsules: gouverneur d’une province ayant une armée sous ses ordres. Titre officiel que porte un général ou un consul prorogé dans son commandement.

            Magistratures exceptionnelles

Le dictator: Lors d’une occasion exceptionnelle, comme une guerre, une élection à tenir ou même un bâtiment à inaugurer, les deux consuls peuvent nommer un dictateur. Celui-ci possède l’imperium maior, c’est-à-dire que son pouvoir est de type monarchique. Ce dictateur est obligatoirement choisi parmi les anciens consuls. Son mandat ne peut dépasser plus de six mois. Après 202, cette magistrature tombe en désuétude.

Le magister equitum: Un dictateur doit désigner un maître de cavalerie qui a la charge de chef de son état-major.

L’interrex: dans le cas exceptionnel où les deux consuls décèdent pendant leur charge, ou que l’un des deux consuls décède et que le second ne se trouve pas à Rome et ne peut venir (en cas de guerre par exemple), un interroi est désigné par le Sénat. Il reste en charge pendant cinq jours. Passé ce délai, il choisit un autre interroi, qui à son tour ne reste en charge que cinq jours, à moins qu’il ne procède à une nouvelle élection consulaire.

II. Les comices

Elles sont au nombre de deux et permettent d’exprimer la souveraineté directe du peuple. Cependant, en réalité, seuls compte l’avis des citoyens les plus riches.

Une réunion des comices

            Les comices centuriates

Les comitia centuriata sont une division des cinq classes censitaires en 193 centuries. Ces centuries se répartissent ainsi à partir de 220 av jc:

– La première classe se divise en 88 centuries (18 centuries équestres + 70 centuries)

– La deuxième, troisième, quatrième et cinquième classe se divisaient en 70 centuries

– Cinq centuries étaient hors-classe: deux centuries d’ouvriers, deux centuries de musiciens, et une centurie de capite censi (métiers infamants et non possédants).

Le rôle des comices centuriates est d’élire les magistrats supérieurs (consuls et préteurs). Elles votent des lois et les déclarations de guerre (Lex de bello incendio).

            Les comices tributes

Les comitia tributa sont les Assemblées du Peuple et l’expression de la souveraineté populaire. Les comices tributes élisent les tribuns de la plèbe, les édiles, les questeurs et les tribuns militaires. A partir de 287 (Lex Hortensia), le Peuple vote la plupart des lois qui sont ensuite ratifiées par le Sénat.

            Le vote aux comices

Les comices sont convoqués de 15 à 24 jours à l’avance (on doit espacer l’annonce et le vote de trois jours de marchés, et celui-ci a lieu tous les huit jours). Les comices centuriates se réunissent au Champ de Mars car il représente le peuple en armes. Or, le port des armes est prohibé dans le pomerium, l’enceinte sacrée de Rome. On se réunit donc à l’extérieur de la cité. Les comices tributes se réunissent sur le Forum, mais votent aussi au Champ de Mars.

Dans les comices centuriates, les centuries de la Première classe vote en premier. Généralement, le vote de la Première centurie détermine le résultat des votes suivants. Ainsi, le vote s’arrête dès que la majorité est acquise. Ainsi, les centuries les plus pauvres ne votent quasiment jamais. Mais à partir de 220 av JC, on tire au sort la centurie de la Première classe qui votera en premier (centuria praerogativa).

Dans les comices curiates, les tribus rurales sont majoritaires, ainsi, le vote est toujours favorables aux propriétaires terriens.

A partir du IIème siècle av jc, le vote devient écrit et secret. Le jour des élections, les citoyens se rendent au Champ de Mars, sur la grande plaine en dehors des murs de Rome, dans la Villa publica, et se regroupent par centuries ou tribus.

Le vote, qui débute dès le lever du soleil, peut se dérouler de deux façons: soit chaque citoyen vote dans le groupe auquel il appartient (centurie ou tribu), et dans ce cas, le vote est acquis à la majorité relative, soit le vote a lieu par groupe à la majorité absolue.

Pour voter, le citoyen prend une tablette en bois, et passe ensuite sur une passerelle (pons suffragiorum) menant à l’urne. Selon le vote, la tablette porte l’inscription VR (uti rogas) pour « oui » ou A (antiquo) pour « non ». S’il s’agit d’un jugement, on inscrit les lettres D (damna) et L (libero). S’il s’agit de magistrats, le nom des candidats est écrit en abrégé. Le citoyen coche ou barre selon le vote à faire.

III. Le Sénat

Le Sénat est le véritable gouvernement de Rome. Il se réunit à la Curia Hostilia, sur le Forum, du nom du roi qui a fait construire le bâtiment, Tullius Hostilius. Les sénateurs se réunissent dans une salle rectangulaire, aux toits en bois et au sol de marbre, en s’asseyant sur des bancs sans place fixe. Cela donnait une vision impressionnante de la majesté de la puissance romaine au visiteur étranger. Ainsi, le thessalien Cinéas, partisan du roi Pyrrhus d’Epire, rapporta qu’il lui a semblé assister à une « assemblée de rois« .

Une réunion du Sénat

Le recrutement du Sénat

Le sénat est composé de 300 membres depuis les débuts de la République. Le dictateur Sylla portera ce nombre à 600, puis à 900 par César et enfin à 1000 par Marc-Antoine. Auguste fera redescendre ce chiffre à 600.

Ce n’est qu’au début du IVème siècle av JC que les premiers plébéiens entrent au Sénat. En 318, la Lex ovinia confie aux censeurs le soin du recrutement. Les censeurs inscrivent sur l’album sénatorial tous les anciens magistrats. En tête de l’album, et donc reconnu princeps senatus, soit « Prince du Sénat » ou « Premier sénateur », le plus ancien ex-dictateur ou ex-censeur patricien. Suivent ensuite les anciens dictateurs, les anciens censeurs, les anciens consuls, etc. en suivant une hiérarchie descendante. Ainsi, les patriciens sont inscrits avant les plébéiens, et les seniores (+ de 45 ans) sont inscrits avant les iuniores.

            Le pouvoir du Sénat

Le Sénat compose le publicum consilium populi romani, soit le « Conseil de la République ». Ses principales fonctions sont la direction de la politique extérieure, des finances, de l’attribution des commandements militaires et des provinces. En cas de crise, il peut décréter le tumultus, la mesure de salut public visant à la défense de l’Etat.

Les sénateurs portent la toge à large bande pourpre (laticlava). Ceux qui ont occupé une magistrature curule (préteurs et consuls) sont chaussés de calcei patricii en cuir rouge, ornés d’un croissant. Les autres portent des calcei senatorii en cuir noir. Au théâtre ou au Circus Maximus, ils disposent des meilleures places (locus senatorius).

Les séances du Sénat se déroulent portes ouvertes, mais ne sont pas publiques. (Les comptes-rendus des séances ne seront publiés qu’à partir du consulat de Jules César, en 59 av jc). Le consul ou le magistrat qui a convoqué le Sénat préside la séance. Il prend tout d’abord les auspices, puis il lit l’ordre du jour (la relatio). Les sénateurs peuvent être appelés individuellement selon l’ordre de l’album pour donner leur avis et ils ne peuvent être interrompus tant qu’ils parlent. Le vote (senatus consultum) se fait par déplacement (ire pedibus in sententiam alicujus) et est acquis à la majorité des voix.