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La religion

   Posted by: lfpncornelius   in

A Rome, rien ne s’accomplit sans la volonté divine. La vie religieuse est très développée et les Romains, très superstitieux, consacrent une grande partie de leur temps à honorer les dieux.

I.Les cultes domestiques

Les Romains croient à l’immortalité de l’âme. Ils veulent voir revenir l’époque d’avant la Guerre de Troie, quand les dieux vivaient parmi les hommes.

           Le culte du foyer

L’atrium d’une maison comporte un autel (ara) ou, à l’origine, brûlait en permanence un feu sacré dans un foyer (focus patrius) prévu à cet effet. Le laraire (lararium) comporte un petit placard où sont placés les statuettes des pénates (deux divinités des provisions – penus = garde manger) et les dieux du foyer (lares familiares). C’est le paterfamilias qui vieille aux bonnes célébrations du culte domestique, enseignant les prières, hymnes et autres pratiques à observer.

Le lararium

            Le culte des morts

Les Romains craignent les âmes des morts, les Mânes. Il faut donc honorer les défunts afin d’apaiser leurs âmes et d’éviter leurs colères. Le jour de l’anniversaire du défunt, on lui dépose des offrandes. Une fête est publiquement consacrée aux morts, les Feralia (13-21 février). Une autre est destinée à conjurer les maléfices des spectres, les Lemuria (9-14 mai).

II. Les dieux

L’écrivain Varron (Marcus Terentius Varro) dénombre près de 30 000 dieux! En fait, le panthéon romain absorbe tous les dieux des peuples qu’ils conquièrent en les « romanisant ».

            Les principaux dieux

Iupiter Optimus Maximus: Jupiter, dieu du ciel et du tonnerre. Le plus grand dieu romain. Son nom dérive de Ius pater, le droit du père. Il a son grand Temple sur la colline du Capitole. Ses attributs sont l’aigle, la foudre et le sceptre. Il est le pendant du dieu grec Zeus Olympien.

Juno: Junon, déesse féminine du ciel et du mariage. Epouse de Jupiter. Son attribut et le paon. Elle siège dans le temple de Jupiter.

Minerva: Minerve, déesse de l’intelligence. Ses attributs sont la chouette et l’olivier. Elle a pris modèle sur l’Athéna grecque. Elle siège dans le temple de Jupiter.

Apollo: Apollon, dieux de la lumière, du soleil et des arts.  Ses attributs sont l’arc et la lyre. C’est un dieu spécifiquement grec. Son temple se situe aux Prés Flaminiens, près du Champ de Mars et en bordure du Tibre.

Janus: dieu à double tête car il représente les deux faces d’une porte (janua). Son temple se trouve sur le Forum et ses portes restent ouvertes en temps de guerre.

Ceres: déesse de la Terre et de la fécondité. Ses attributs sont la gerbe et la faucille. Son temple se situe au pied de l’Aventin.

Mars: dieu de la guerre. Il est représenté armé. Son temple est sur le Champ de Mars.

Liber Pater: dieu de la vigne et du vin. Associé à Bacchus et à Dionysos. Représenté avec des grappes de vigne. Il a sa statue dans le temple de Cérès.

Quirinus: dieu primitif de Rome. Associé sous la République au culte de Romulus divinisé. Son temple se trouve sur la colline du Quirinal.

Vesta: déesse du foyer. Son temple se trouve au milieu du Forum.

Venus: déesse de l’amour. Associée à l’Aphrodite grecque.

Neptuno: dieu de la mer, des fleuves et des tempêtes. Associé au Poséidon grec.

Diana: déesse de la lune et de la chasse. Représentée avec un arc, un croissant et une biche. Son temple se trouve sur la colline de l’Aventin.

Saturnus: Saturne, dieu primitif de la colline du Capitole avant Jupiter. Dieu des semailles, de la culture et du temps. Associé au Cronos grec.

Vulcanus: dieu du feu.

Lupercus: dieu des bergers et des troupeaux. C’est un dieu protecteur contre les attaques des loups.

Faunus: dieu du bétail. Associé au dieu grec Pan.

Flora: déesse des fleurs.

Uranus: dieu du ciel.

Volturnus: dieu des cours d’eau et des fontaines.

Carmenta: déesse des prophéties et des accouchements.

Pomona: déesse des fruits et des arbres.

Portunus: dieu des clés et protecteurs des entrepôts de blé.

Magna Mater: Cybèle, culte de la déesse mère.

Pluto: Pluton, dieu des enfers. Associé au Hadès grec.

Jupiter Optimus Maximus

III. les prêtres

A Rome, les principaux prêtres sont pratiquement tous membres du Sénat. Ceux qui dirigent la religion gouvernent aussi la République.

            Les flamines

Rome compte 15 flamines. Ce sont les « prêtres publics du peuple romain ». Trois sont responsables des cultes de Jupiter, de Mars et de Quirinus, soit les dieux les plus importants pour les Romains: le flamen dialis (pour Jupiter), le flamen martialis (pour Mars) et le flamen quirinalis (pour Quirinus). Les 12 autres sont dits flamines mineurs car ils s’occupent du culte des dieux secondaires.

Le flamen dialis est le plus important. C’est un patricien. Il doit porter des vêtements en laine et doit respecter un grand nombre d’interdit: il ne peut être contact avec la mort, ne doit pas monter à cheval, ne doit pas toucher une arme, ni quitter Rome. Par contre, il siège au Sénat sur une chaise curule et a droit à un licteur.

            Les pontifes

A l’origine, ils étaient chargés d’entretenir le Pont Sublicius. Sous la royauté et la République, le collège des pontifes, au nombre de 10, puis de 15, est chargé de surveiller les pratiques générales de la religion. Il rédige le droit pontifical, c’est-à-dire les usages que doivent observer les Romains envers les dieux. Tout est consigné dans les Livres Pontificaux.

Le Pontifex Maximus, le Grand Pontife, est le chef de la religion romaine. Il dresse le calendrier des jours fastes (ouvrables) et néfastes (fériés). Il habite la domus publica, sur le Forum. Il préside les grandes cérémonies religieuses, et tient les archives en rédigeant tous les faits notables dans les Grandes Annales (Annales Maximi).

            Les vestales

Elles sont 7 chargées de veiller sur le foyer de la cité qui se trouve au Temple de Vesta. Les vestales sont des patriciennes. En s’engageant, elles font vœu de chasteté et d’ascétisme. Une vestale qui ne respecte son vœu est enterrée vivante! L’aînée des vestales est appelée la Grande Vestale. Elles s’engagent très jeunes car elles restent attachées au culte de Vesta pendant 30 ans. Elles sont logées dans l’atrium vestae qui se trouve sur le Forum.

            Les luperques

Ils sont 12 recrutés dans les familles patriciennes des Quinctilii et des Fabii. Chaque année, à la fin de l’hiver, lors d’une fête, ils procèdent à des rituels magiques pour défendre les bergeries contre les loups. Les luperques parcourent aussi les rues de Rome nus en frappant tous ceux qui le désirent avec un fouet en lanière de boucs afin de facilité la fécondité (enfants, récoltes, troupeaux…)

            Les arvales

Ils sont 12. A l’origine de Rome, ils étaient tous des fils de bergers. Au mois de mai, ils célèbrent une cérémonie en l’honneur de Cérès dans un bois sacré.

            Les augures

Ils sont au nombre de 6, de 10, puis de 15. Ils sont officiellement chargés de l’interprétation des signes des dieux. Ils observent les vols d’oiseaux et lisent les auspices et présages dans les entrailles des poulets sacrés. C’est le collège religieux le plus prestigieux car les augures se faisaient la voix des dieux.

Un augure

            Les haruspices

Les prêtres, revêtu d’anciens habits étrusques, sont spécialisés dans la lecture des entrailles des animaux sacrifiés.

            Les interprètes des Livres Sibyllins

On dit que le roi Tarquin le Superbe acheta les livres prophétiques de la Sibylle de Cumes. Ces livres étaient censés prédire l’avenir de Rome. Le roi Tarquin instaura un collège de deux prêtres (duoviri sacris faciundis) pour découvrir dans ces livres des présages ou indications miraculeuses (prodiga) pour protéger Rome. Sous la République, ce collège est doté de 10 membres, puis de 15. Les Quindecemviri sacris faciundis sont aussi chargés de la surveillance des cultes étrangers.

            Le Rex sacrorum

A l’expulsion des rois, le Sénat transféra les pouvoirs religieux du rex à un prêtre. Cependant, sous la République, le Rex sacrorum est un patricien chargé du culte de Janus.

III. Les pratiques religieuses

Les Romains attachent une grande importance à l’observation rigoureuse des rites. Prières, vœux et sacrifices composent les pratiques ordinaires.

            Les lieux de culte

Le templum désigne à l’origine un champ d’observation rectangulaire. L’augure trace dans le ciel un rectangle (inauguratio) avec son bâton recourbé (lituus). Il observe ensuite le vol des oiseaux. S’ils passent à sa droite, les augures sont favorables. S’ils passent à sa gauche, les augures sont défavorables.

Par la suite, le templum désigne la partie du ciel qui domine l’enceinte sacrée de Rome (pomerium), là où les augures procèdent à leurs observations.

Enfin, le templum finit par désigner la demeure d’un dieu. Le temple abrite la statue du dieu dans un espace spécifique (la cella). Cependant, les cérémonies se célèbrent à l’extérieur, sur la place située devant le temple où les prêtres dressent un autel et s’adressent aux fidèles.

            Prières et sacrifices

Les Romains prient leurs dieux la tête couverte et tournée vers l’est. Ils touchent l’autel ou le bas de la statue du dieu qu’ils invoquent. Le suppliant répète à voix haute les formules lues par le prêtre. La prière se termine par l’adoratio, c’est-à-dire un baiser envoyé depuis la main gauche, ou la supplicatio (prosternation). Les Romains font aussi divers offrandes et vœux envers les dieux.

Le suppliant peut aussi procéder à des sacrifices. Au préalable, il doit se purifier en prenant un bain, et revêtir une tenue blanche. Les Romains peuvent offrir en sacrifice du gros bétail (victima) ou de petits animaux (hostia). Qu’ils s’agissent d’un bœuf, d’une brebis, ou de tout autre animal, leur fourrure doit être sans tâche.

Le jour de l’intronisation des consuls, le 1er janvier, on immole un bœuf blanc. L’animal est orné de bandelettes et leurs cornes sont peintes en dorées. Avant le sacrifice, on place sur la tête des victimes un gâteau spécial composé de miel et de farine salée et fabriqué par les vestales. Le gâteau est ensuite arrosé de vin par le prêtre officiant. C’est la libatio (libation). Ensuite, un serviteur, le victimarius, demande au prêtre: « Agone? » Celui-ci répond par la formule consacrée: « Hoc age« . L’animal est alors immolé sur un autel d’un coup de hache. Ensuite, les haruspices examinent les entrailles (exta). Si les auspices sont favorables, les entrailles sont brûlées sur l’autel, tandis que les restes de l’animal sont offerts aux fidèles.

IV. Les fêtes religieuses

Sous la République, on compte 45 jours de fêtes religieuses officielles. A celles-ci s’ajoutent les fêtes des temples, les fêtes de quartiers, les fêtes des carrefours…

11 au 15 janvier: Carmentalia.

Célébré en l’honneur de la déesse Carmenta afin de fixer la destinée des enfants.

15 février: Lupercalia

Purification de Rome et fête de la fécondité

13 au 21 février: Feralia

Jours consacrés aux morts

23 février: Terminalia

Révision et sanctifications des bornes territoriales des propriétés campagnardes

1er Mars: Matronalia

Fête des mères

15 mars: Equirria

Fête équestre en l’honneur du dieu Mars

17 mars: Liberalia

Fête du printemps en l’honneur du dieu Liber pater

19 mars: Quinquatrus

Purification de l’armée avant la campagne

15 avril: Fordicidia

Sacrifice d’une vache pleine sur le Capitole par chacune des 30 curies

21 avril: Palilia

Anniversaire de la fondation de Rome

25 avril: Robigalia

Fête solaire. Sacrifice de chiens roux (robigo = rouille) dont la couleur rappelle l’éclat du soleil.

9 au 14 mai: Lemuria

Pour chasser les revenants

19 au 21 juillet: Lucaria

Fête des bois pour protéger les bûcherons contre les « démons » des arbres.

23 juillet: Neptunalia

Construction de nouvelles huttes

23 août: Volcanalia

Fête de la moisson. Le paterfamilias jette des poissons vivants dans le feu (de Vulcain, dieu du feu) pour conjurer les incendies de grange

11 Octobre: Meditrinalia

Fêtes des vendanges

15 octobre: October Equus

Fin de la campagne militaire

19 octobre: Armilustrium

Purification des armes

27 décembre: Saturnalia

Fête du solstice d’hiver (de Saturne, dieu des graines enfouies dans le sol) pour aider le soleil à remonter dans le ciel

les liberalia

 V. Les Jeux

Une soixantaine de jours sont consacrés aux Jeux Publics (Ludi solemnes). Ils sont souvent célébrés à l’occasion de fêtes religieuses. Ce sont les magistrats supérieurs (édiles et préteurs urbains) qui en assurent l’organisation.

4 au 10 avril: Ludi Megalenses

Institués en 204 en l’honneur de la déesse mère Cybèle. Jeux du cirque (course de chars), manifestations théâtrales. Organisés par les édiles curules.

12 au 19 avril: Ludi Ceriales

Organisés en l’honneur de Cérès et déjà célébrés à l’époque de la royauté. C’est une cérémonie joyeuse ou chacun défile habillés en blanc lors d’une grande procession. Des jeux du cirque sont aussi organisés par les édiles plébéiens.

28 avril au 3 mai: Ludi Florales

Ils sont institués en 173 en l’honneur de la déesse Flora. Théâtre et jeux du cirque se déroulent dans un esprit licencieux (édiles curules).

6 au 13 juillet: Ludi Apollinares

Institués en 211 pendant la Seconde guerre punique en l’honneur d’Apollon. Théâtre, courses, combats d’animaux sauvages. Organisés par le préteur urbain.

20 au 30 juillet: Ludi Victoriae Caesaris

Jeux institués par Jules César en l’honneur de ses victoires et dédiés à la déesse Vénus Génitrix.

21 août: Ludi consuales I

Institués du temps de Romulus en l’honneur du dieu agraire Consus (édiles curules)

Septembre: Ludi Romani

Institués par le roi Tarquin l’Ancien en l’honneur de Jupiter qui fit construire le Circus Maximus. Grande procession, courses de chars et autres, compétitions sportives, théâtre (édiles curules).

26 octobre au 1er novembre: Ludi Victoriae Sullae

Jeux instaurés par le dictateur Sylla en 81 en l’honneur de sa victoire à la Porte Colline.

4 au 17 novembre: Ludi Plebeii

Institués au début de la République. Jeux du cirque et théâtre (édiles plébéiens).

15 décembre: Ludi Consuales II