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VI. Les Guerres Puniques

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Depuis sa victoire contre Pyrrhus, Rome domine l’Italie. La plupart des peuples de la péninsule sont désormais devenus ses alliés. De son côté, Carthage possède un vaste empire méditerranéen. Ce peuple, descendants des Phéniciens, est appelé Poenici (« les Puniques ») par les Romains. Les Carthaginois ont la plus puissante flotte de guerre. Ils contrôlent le nord de l’Afrique, les côtes espagnoles, la Corse, la Sardaigne et la Sicile.

            Atilius Regulus et la Premiere guerre punique

En 264, les Romains débarquent à Messine pour venir en aide à leurs alliés, attaqués par les troupes d’Hannon le Grand. La guerre entre les deux puissances est déclarée. Les légions conduites par le consul Appius Claudius Caudex  sont victorieuses, et Rome prend d’assaut les ports siciliens de Syracuse et d’Agrigente.

En 256, encouragés par leurs victoires en Sicile, quatre légions romaines débarquent en Afrique du Nord et le consul Marcus Atilius Regulus s’empare de Tunis. Les Carthaginois, débordés, engagent alors le général spartiate Xanthippos. Avec ce renfort, l’armée romaine est écrasée à la Bataille de Tunis. Le consul Regulus est capturé. En 250, les Puniques renvoient Marcus Atilius à Rome. « Député auprès du Sénat et du Peuple romain pour obtenir d’être échangé seul, et malgré son âge, contre un grand nombre de jeunes Carthaginois, il donna un avis contraire à ce projet et revint à Carthage, quoiqu’il n’ignorât point chez quels ennemis cruels et justement irrités contre lui, il allait retourner. Mais il leur avait juré de revenir auprès d’eux si leurs captifs n’étaient pas rendus » (Valère Maxime, Livre I, 1, 14). Revenu à Carthage, Regulus fut torturé à mort par les Puniques. Atilius Regulus est le prototype même du héros romain: il n’a pas hésité à sacrifier sa vie pour bien de sa patrie. Ce consul incarne la virtus et la fides, le Mérite et la Parole Donnée.

Atilius Regulus retourne à Carthage

Les années suivantes, les Romains et les Carthaginois, désormais commandés par le roi punique Hamilcar Barca, se livrent de nombreux combats qui épuisent les deux peuples. En 251, le consul Lucius Caecilius Metellus défend la ville de Palerme à la Bataille de Panormus. Metellus fait alors pleuvoir les projectiles sur les éléphants de guerre de Carthage. Ceux-ci, paniqués, sèment alors la panique dans leurs propres rangs. Le consul en profite pour faire charger ses légionnaires et gagner la bataille. Il captura alors plusieurs dizaines d’éléphants, qu’il ramena à Rome, afin de les sacrifier lors de jeux au Circus Maximus.

Enfin, en 241, Carthage s’engage à évacuer la Sicile et à mettre un terme à la guerre. La Sicile devient ainsi la première Province Romaine. En 235, Titus Manlius Torquatus conquiert la Sardaigne. Ainsi, les Puniques ont perdu une partie de leurs conquêtes au détriment de Rome. Quelques temps plus tard, les légions reportent leurs ambitions vers le Nord. En 222, les Romains battent les Boiens et prennent d’assaut Mediolanum. Toute la Gaule au Nord du Pô passe sous influence romaine. Avec cette nouvelle conquête, Rome allait pouvoir renforcer ses légions en vue d’une nouvelle guerre contre Carthage.

        La deuxieme guerre punique

Après la perte de la Sicile, les Puniques se tournent vers l’Hispanie et conquièrent un large territoire depuis leur comptoir de Gadès. Ils fondent ainsi une nouvelle colonie, Karth Hadash (Carthago Nova), plus connue sous le nom de Carthagène. En 219, la ville de Sargonte, en Espagne, est attaquée par Hannibal Barca. La cité demande alors à Rome de lui venir en aide. La guerre entre les deux peuples est à nouveau déclarée. Hannibal s’empare de Sargonte, puis rassemble une grande armée de 100 000 soldats et de nombreux éléphants. Il commence alors à marcher sur Rome depuis le sud de l’Espagne. Le plan du général carthaginois est audacieux: pour entrer en Italie et surprendre les Romains, il décide de passer par les Alpes. Si l’on suit l’historien grec Polybe (Livre III, 10), Hannibal remonte en Gaule jusqu’à arriver au confluent du Rhône et de l’Isère. Il passe ensuite par le territoire des Allobroges en remontant l’Isère. Arrivé au pied des Alpes, il passe par le col du Petit-Bernard (route appelée plus tard Alpis Graia). A sa descente, Hannibal arrive dans la plaine du Pô après cinq mois d’un épuisant trajet. Avec 26 000 hommes et une trentaine d’éléphants, il s’élance alors sur Rome.

Hannibal dans les Alpes

Hannibal, fils d’Hamilcar, a eu comme précepteur le spartiate Sosylos, qui lui a appris l’art de la guerre, tout autant que les exploits d’Alexandre le Grand. Alors qu’il a 9 ans, son père lui fait jurer une haine éternelle à Rome. Grand stratège, alliant ruse et intelligence, Hannibal est un redoutable ennemi pour Rome. « Chez les Carthaginois, il passait pour avare, et pour un homme cruel chez les Romains » (Polybe). « Ses vêtements ne le distinguaient nullement des autres: ce qu’on remarquait, c’étaient ses armes et ses chevaux. Il était à la fois le meilleur cavalier, le meilleur fantassin. Le premier, il s’élançait au combat; le dernier, il quittait la mêlée. De grands vices égalaient de si brillantes vertus: une cruauté excessive, une perfidie plus que punique, rien de vrai, rien de sacré pour lui, nulle crainte des dieux, nul respect des serments, nulle religion » (Tite Live, Livre XXI, 5).

En descendant vers Rome, Hannibal défait les légions au cours de quatre combats. Les Romains perdent ainsi 20 000 soldats à la Bataille de La Trébie et encore 20 000 à celle du Lac Trasimène. En 217, Hannibal contrôle tout le nord de l’Italie. Pour le vaincre, le Sénat nomme dictateur Quintus Fabius Maximus Verrucosus. Le 2 août 216, à Cannae, les Romains affrontent les Carthaginois avec 16 légions. Mais Hannibal va réussir à encercler les troupes romaines et massacrer près de 60 000 soldats! A la suite de cette tragique bataille, les Romains ne contrôlent plus que le Latium, l’Ombrie et l’Etrurie.

Après la défaite de Cannes, Fabius Maximus a été surnommé Cunctator (le Temporisateur) car, voyant que les Romains ne pouvaient battre les Puniques sur le champ de bataille, il décida de faire traîner la guerre en longueur afin d’épuiser l’armée carthaginoise. Maximus est ainsi perçu comme « le Bouclier de Rome ». Avec lui, Hannibal reconnait avoir trouvé un adversaire à sa hauteur. « Les Romains ont aussi leur Hannibal » déclarait le général carthaginois.

En 212, Marcus Claudius Marcellus reprend Syracuse. C’est un guerrier brillant qui saisit toutes les occasions pour combattre Hannibal. Marcellus signifie « Le Martial/ le guerrier ». A Syracuse, Marcus Claudius est confronté aux machines de guerre du célèbre mathématicien grec Archimède. Marcellus finit par prendre la cité, mais ne put empêcher ses soldats de tuer Archimède. Surnommé aussi « l’épée de Rome », ce Romain refusait de s’avouer vaincu: « Je ne puis pardonner à des vaincus que quand ils seront redevenus vainqueurs » disait-il aux légionnaires.

En 209, Hannibal est aux portes de Rome! La Ville tient grâce à ses puissants murs que le général carthaginois ne peut prendre d’assaut… Cependant, en 208, Marcellus meurt dans un piège tendu par les carthaginois. Ce qui faisait dire à Hannibal: « Je crains Fabius comme mon pédagogue et Marcellus comme mon adversaire« .

Pendant ce temps, en Espagne, le jeune Publius Cornelius Scipio prend Carthagène. En 206, Scipion prend Gadès et conquiert toute l’Hispanie au nom de Rome. Les Ibères veulent alors le proclamer roi mais Scipion leur déclare qu’il est juste imperator, le chef de guerre qui détient l’imperium. « Les Espagnols l’appelaient roi, mais pour lui, le titre le plus élevé est celui d’imperator que les troupes lui ont donné, et que le titre de roi, ailleurs considérable, est intolérable à Rome » (Tite Live, Livre XXVII, 19).

Consul en 205, Scipion veut forcer Hannibal à quitter l’Italie. Pour cela, il débarque en Afrique en 204. Scipion s’attaque d’abord aux alliés des Puniques et Carthage songe à capituler. Hannibal est contraint de rentrer en Afrique. En 202, il affronte Scipion à la Bataille de Zama. Le général punique est définitivement vaincu.

La Bataille de Zama

Après la Bataille de Zama, Scipion reçoit le surnom d’Africanus, soit « celui qui a vaincu les Africains ». De retour à Rome, il est de nouveau élu consul. Puis il accompagne son frère Lucius Scipio dans la Guerre contre le roi Antiochus. Rentré à Rome, il fut accusé par deux tribuns de la plèbe d’avoir extorqué de l’argent en Asie. Très déçu de se voir mis en accusation par son propre peuple après les services qu’il avait rendu à la patrie, Scipion part en exil. A sa mort, il fit graver sur son tombeau « Ingrate patrie, tu n’auras pas mes os » et il préféra reposer en terre d’Afrique.

            Flaminius et la mort d’Hannibal

En 198, le jeune Titus Flaminius obtient le consulat et le commandement de la guerre contre le roi Philippe V de Macédoine qui tente de conquérir la Grèce. Romains et Macédoniens s’affrontent en 197 à la Bataille de Cynocéphales. Philippe V, battu, doit quitter la Grèce. En 196, lors des Jeux Isthmiques à Corinthe, Flaminius proclama officiellement la liberté de tous les peuples de la Grèce.

En 183, Flaminius est envoyé à la cour du roi Prusias de Bithynie. Il apprend alors qu’Hannibal, en froid avec le gouvernement de Carthage après sa défaite à Zama, est venu se réfugier dans ce pays. Flaminius s’indigna de savoir cet irréductible ennemi des Romains encore en vie. De son côté, Hannibal préféra avoir recours au poison plutôt que d’être livré vivant aux Romains. Suite à cela, une partie des Romains se mit à détester Flaminius qui s’était montré cruel avec un homme déjà brisé…

            Paul Emile conquiert la Macédoine  

En 168, Aemilius Paullus, consul pour la seconde fois, est chargé de mener la guerre contre le roi Macédonien Persée, le fils de Philippe V. C’est une courte campagne et les Macédoniens sont définitivement vaincus à la Bataille de Pydna. C’est un triomphe sans précédent pour les Romains car ils ont réussi à s’emparer du royaume d’Alexandre le Grand. Paul Emile Macedonicus, « celui qui a vaincu les Macédoniens », célébra un fastueux triomphe de trois jours à Rome en 167. Il revient si chargé de trésors de guerre que les citoyens romains furent désormais exemptés d’impôts.

            Il faut détruire Carthage!

Marcus Porcius Cato est un homo novus, un homme nouveau, un paysan de Tusculum, petite bourgade située à 25 km de Rome. Caton, encouragé à devenir sénateur par ses amis, est tout d’abord avocat, puis orateur. Son caractère est frugal et austère. Il devient consul en 195 et fait construire la Basilica Porcia sur le Forum. En 184, il devient censeur et combat « le luxe et la mollesse » de ses concitoyens. Il pense en effet que l’afflux des richesses à Rome corrompt les bonnes vieilles mœurs latines. Il fut ainsi surnommé « le Censeur » à cause de sa rigueur morale. En 153, il se rend en mission diplomatique à Carthage, ville trop prospère et florissante à son goût. Rentré à Rome, il terminait invariablement ses discours au Sénat sur ces mots: « Delenda Carthago est« , « Et je suis d’avis que l’on détruise Carthage! »

            La Troisième guerre punique

En 149, Rome déclare de nouveau la guerre à Carthage. La cause est cette fois économique. La cité punique, ayant fini de régler ses indemnités de guerre à Rome, redevenait une rivale commerciale pour la République. Il fallait donc en finir une bonne fois pour toute avec Carthage est détruire la ville. Au Sénat, le débat a été houleux. Les conservateurs souhaitaient laisser Carthage prospérer. Ainsi, le princeps senatus, le prince du sénat et Premier Citoyen, Publius Cornelius Scipio Nasica finissait ses discours par « et je suis d’avis qu’on laisse subsister Carthage » en réponse à Caton, car il pensait les Carthaginois désormais trop faibles pour nuire aux Romains.

La destruction de Carthage

Les consuls Lucius Marcius et Lucius Manilius, avec des renforts venus d’Utique et de Numidie, partent assiéger Carthage. La ville Punique se défend bien et les combats sont violents. Le jeune Publius Cornelius Scipio Aemilianus, fils de Paul Emile et petit-fils adoptif de Scipion l’Africain, sauve plusieurs fois des légionnaires d’une situation difficile. Rentré à Rome en 148 pour se faire édile, les Romains l’élisent directement consul pour l’année 147. Le Sénat lui accorde alors le commandement de l’armée d’Afrique. Après quelques batailles, Scipion Emilien met le siège devant Carthage, qu’il finira par prendre au printemps 146. La résistance des Carthaginois est héroïque. Quand la ville tombe, plusieurs centaines de puniques préfèrent se suicider plutôt que d’être réduits en esclavage. La cité mettra 17 jours à brûler. Enfin, Scipion Emilien fait raser ce qu’il en reste et parsème du sel sur le sol afin de rendre cette terre infertile.

            La destruction de Corinthe

Elu consul pour 146, Lucius Mummius se rend en Grèce où la Ligue Achéenne s’est révoltée. Les Romains ont en effet demandé à la Ligue de donner sa liberté à la cité de Sparte. Les Achéens refusent et organisent la défense de Corinthe. Mais Mummius donne l’assaut avec plus de 30 000 légionnaires. La ville est pillée et l’historien grec Polybe déplore la grande inculture des soldats romains: « J’ai vu des tableaux de maîtres foulés aux pieds; les soldats s’installaient dessus pour jouer aux dés! » Corinthe est rasée et ses habitants réduits en esclavage. Pour Lucius Mummius, c’est un grand triomphe, il reçoit le surnom d’Achaicus, « celui qui combattu les achéens ». Et Rome ajoutera l’Achaïe à la liste de ses provinces conquises.

        Scipion Emilien et la Guerre de Numance

Après la chute de Carthage, Scipion Emilien est élu consul en 134 afin d’aller en Espagne, terminer la Guerre de Numance qui s’éternisait.  Les Numantins étaient aussi redoutés que les carthaginois car ils avaient défaits quatre armées romaines! A la tête de l’armée, Scipion Emilien imposa une discipline très dure aux soldats et il mit Numance en état de siège. Les Numantins, désespérés, préférèrent se suicider plutôt que de tomber entre ses mains. Scipion Emilien, qui ne s’entendaient pas avec ses beaux-frères, Tiberius et Gaius Gracchus, fut retrouvé mort dans son lit en 129. On soupçonna un assassinat.

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