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VII. Les Gracques

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Après la chute de Carthage, des tensions apparaissent à Rome sur la question de la redistribution des richesses issues des conquêtes, et des clivages majeurs commencent à fissurer la puissante République. Ainsi, les populares (« les Populaires ») s’organisent pour former un vrai clan politique. Ce sont des Hommes Nouveaux, des sénateurs progressistes, des tribuns de la plèbe et des chevaliers qui veulent plus de démocratie et plus de lois en faveur du peuple. Ils s’opposent aux Optimates (« les Meilleurs »), c’est-à-dire à l’élite de l’aristocratie sénatoriale. Ces sénateurs conservateurs veulent que le pouvoir reste aux mains des hommes les plus sages et les plus expérimentés. Ils défendent les prérogatives du Sénat et de la République édifiée par leurs ancêtres.

            Cornelia Africana

La fille de Scipion l’Africain épousa Tiberius Sempronius Gracchus, le consul et censeur qui édifia la Basilica Sempronia sur le Forum en 169. Ensemble, ils ont 12 enfants, dont 9 décèdent en bas-âge. Il leur resta une fille, Sempronia, mariée à Scipion Emilien et deux fils, Tiberius et Gaius. A la mort de son mari, en 154, Cornelia veilla elle-même avec grand soin à l’éducation de ses fils, notamment en s’occupant de leur instruction. Lorsque des matrones vinrent exhiber leurs bijoux devant elle, Cornelia fit amener ses deux fils et leur déclara: « Les voici, mes bijoux! » Cornelia était très érudite et elle fut érigée en exemple de la parfaite matrone romaine, fidèle et dévouée à sa famille.

Cornelia Africana: « Les voici, mes bijoux! »

            La République déchirée

« Toutes les séditions ont eu pour origine et pour cause la puissance des tribuns. Sous prétexte de protéger la plèbe qu’ils étaient chargés de défendre, ils ne cherchaient qu’à acquérir pour eux-mêmes le pouvoir absolu et tâchaient de gagner l’affection et la faveur du peuple par des lois sur le partage des terres, sur les distributions de blé et sur l’administration de la justice. Ces lois avaient toutes une apparence d’équité. Quoi de plus juste, en effet, que de faire rendre à la plèbe les biens que lui avaient pris les patriciens et d’empêcher ainsi le peuple vainqueur des nations et maître de l’univers, de vivre en banni loin de ses champs et de ses foyers? Quoi de plus équitable que de nourrir aux frais du trésor un peuple tombé dans la pauvreté? Quoi de plus efficace pour maintenir l’indépendance entre les deux ordres que de confier au sénat le gouvernement des provinces et de donner à l’ordre équestre le droit de juger sans appel? Mais ces réformes entraînaient de funestes conséquences, et la malheureuse république était le prix de sa propre ruine » (Florus, Abrégé de l’Histoire Romaine, Livre III, 14)

            Tiberius Gracchus

Tiberius Gracchus vient d’une famille illustre. Il est le petit-fils de Scipion l’Africain et il débuta comme officier à Carthage aux côtés de son beau-frère Scipion Emilien. En 137, il est le questeur du consul Gaius Hostilius Mancinus et tous deux vont affronter les Numantins à la tête d’une armée. C’est un échec complet. Tiberius accepte de négocier la paix avec les Numantins afin d’épargner la vie de soldats et de récupérer la solde dont il avait la charge. Cependant, le Sénat refusa de ratifier cet accord et Tiberius Gracchus du renoncer à ses ambitions militaires. Il se tourna alors vers le tribunat de la plèbe et fut élu pour l’année 133, Tiberius veut donner des terres aux paysans, tout autant que se venger du Sénat. Gracchus proposa donc de distribuer les terres de l’ager publicus, le territoire conquis en Italie et appartenant au domaine public. Le Sénat conservateur voulu s’opposer à sa loi, mais le peuple et Tiberius empêchèrent le tribun Gnaeus Octavius de mettre son véto. La Lex Sempronia Agraria fut donc votée. Le jour des élections tribunicienne, Tiberius voulu faire prolonger son mandat afin de surveiller lui-même l’application de sa loi. Les nobles s’opposèrent violemment à sa réélection et Gracchus est contraint de se réfugier dans la citadelle du Capitole. Tiberius a alors un geste malheureux. Il « porte la main à sa tête pour exhorter le peuple à défendre sa vie. Mais ce geste laisse croire qu’il réclame la royauté et le diadème » (Florus). En voyant cela, le prince du Sénat, Cornelius Scipio Nasica, entraine alors le peuple à le mettre à mort.

Gaius Gracchus tribun de la plèbe

            Gaius Gracchus

Le jeune frère de Tiberius a très mal vécu l’assassinat de son frère. Tout d’abord questeur en Sardaigne, Gaius Gracchus se fait à son tour élire tribun de la plèbe pour 123 afin de se venger du Sénat. Une attitude réprouvée par sa mère Cornelia Africana: « Tu prétendras qu’il est bien de tirer vengeance de ses ennemis; certes, j’en suis convaincue, plus que personne au monde, qu’il n’est rien de plus grand et de plus beau; mais c’est à la condition que l’on ne porte pas atteinte ainsi au salut de l’Etat. Or, c’est impossible! » Mais Gaius s’obstine car il a un réel programme politique et social. Son objectif est de renforcer la classe moyenne tout en diminuant l’influence du Sénat au sein de la République. Gracchus commence par proposer une nouvelle loi agraire qui permet de garantir aux citoyens pauvres du blé à bas prix toute l’année. Ensuite, il sépare les ordres équestre et sénatorial. L’ordre équestre regroupe les citoyens les plus riches, ceux que l’on appelle les chevaliers. Gaius Gracchus leur donne les jurys; par la Lex Sempronia Iudicaria, les chevaliers possèdent désormais le pouvoir judiciaire dans la République au détriment des sénateurs. Il lance de grands travaux, alloue des terres aux paysans pauvres, créer plusieurs colonies, dont notamment une à Carthage, et l’Etat doit désormais pourvoir à l’équipement des militaires. La Lex Sempronia de Asia permet de prélever des impôts dans la nouvelle province d’Asie léguée à Rome par le roi Attale III à sa mort, afin de financer ce vaste programme.

Gaius Gracchus réussit à proroger son mandat pour l’année 122. Son nouveau projet est de donner la citoyenneté romaine aux Latins. Cette fois-ci, c’en était trop, non seulement pour le Sénat, excédé depuis longtemps par toutes ses mesures, mais aussi par le peuple romain qui se sentit trahi par cette proposition de loi. Sempronius ne fut pas réélu pour l’année 121 et un tribun concurrent proposa une loi pour démanteler la colonie de Carthage. Gracchus et ses amis s’y opposèrent avec violence. Le Sénat vota donc le senatus consultum ultimimum, le décret ultime du Sénat pour la défense de la République, c’est-à-dire que les citoyens sont autorisés à prendre les armes pour arrêter Gaius Gracchus par tous les moyens. L’ancien tribun en fut donc réduit à demander à son esclave de le tuer.

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