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IX. Sylla Imperator

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En 95, Lucius Cornelius Sulla est préteur urbain et il offre au peuple cent lions à combattre dans l’arène pour les Jeux d’Apollon. Cette année-là, les consuls firent passer la Lex Licinia Mucia de civibus redigendis. Cette loi chassait les Latins et Italiens de Rome car le Sénat ne pouvait tolérer que leurs alliés se comportent en citoyens romains. En 94, Sulla obtint la Cilicie comme province. Il avait pour mission de remettre sur son trône le roi de Cappadoce Ariobarzane, chassé par un des fils de Mithridate. En Asie, Sulla rencontra les Parthes et signa avec eux un traité qui reconnaissait l’Euphrate comme borne orientale de la sphère d’influence romaine. Rentré à Rome, Sulla fut attaqué en justice par le jeune avocat Marcius Censorinus, au prétexte qu’il avait pillé sa province. En réalité, Marius cherchait à se venger des succès diplomatiques de son ancien questeur. Les populares ne purent réussir à faire condamner Sulla. Par contre, ils envoyèrent en exil l’intègre Publius Rutilius Rufus sous un faux motif. Cette condamnation marqua la rupture définitive entre les populares et les optimates. En 91, le tribun de la plèbe Marcus Livius Drusus, sentant que le mécontentement grandissait en Italie, voulu faire passer une loi qui accordait la citoyenneté romaine à tous les Italiens. Drusus voulu aussi désamorcer les tensions entre les sénateurs et les chevaliers, en partageant les jurys et en faisant entrer 300 chevaliers au Sénat. Cependant, le consul Lucius Marcius Philippus déclara ces lois invalides et Drusus fut assassiné en octobre. La guerre entre les Romains et les Italiens était désormais inévitable…

            La guerre sociale

Ou « Guerre des Alliés », « alliés » se disant socii en latin. L’Italie est alors divisée en une myriade de petits territoires soumis à Rome avec des droits de citoyenneté divers. Cependant, tous combattaient dans les légions romaines. Ainsi, tous les Italiens se considéraient romains, mais le Sénat ne voulait pas leur reconnaître ce droit à la citoyenneté. Le chef Marse Quintus Pompaedius Silo  et le Samnite Gaius Papius Mutilus convainquent les peuples italiens à se fédérer entre eux contre Rome. En octobre 91, lors des jeux, la population d’Asculum massacra tous les citoyens romains. Rome est sous le choc: « La révolte des alliés à l’intérieur de l’Italie était aussi criminelle que celle des citoyens à l’intérieur de Rome. L’Italie se soulevait contre Rome, sa mère et sa nourrice » (Florus). Les premiers mois du conflit sont favorables aux Italiens. Le consul Rutilius Lupus est tué, d’autres peuples se soulèvent contre Rome, des villes sont prises. Gaius Marius réussit à battre l’armée des Marses, cependant, il tergiverse et cherche à éviter l’affrontement. Le consul Lucius Julius Caesar bat les Samnites au cours d’une bataille. Mais à la fin de l’année, il doit se résoudre à faire passer la Lex Iulia de Civitate Latinis Danda qui accorde la citoyenneté romaine aux Italiens qui ne se sont pas soulevés contre Rome. Lucius Porcius Cato et Gnaeus Pompeius Strabo, qui ont remporté quelques succès, sont élus consul pour 89. De son côté, Gaius Marius renonce à poursuivre son commandement, prétextant la faiblesse de son âge (69 ans).

Au printemps 89, la chance tourne pour Rome. Sulla prend les villes les unes après les autres: Strabiae, Pompéi, Herculanum, Naples, puis il défait une imposante armée samnite devant les murs de la cité révoltée de Nola. Sur le front nord, le consul Pompée Strabo prend Asculum et mate la rébellion. Sur le front sud, le consul Porcius Cato est tué par les Marses. Sulla prend le commandement et fait passer ses légions en territoire Samnite. Il prend Bovianum et considère que la guerre est terminée. Puis il se rend à Rome pour se faire élire consul à l’unanimité des voix. La Lex Plautia Papiria promulguée à la fin de l’année donne la citoyenneté romaine à tous les Italiens résidant au sud du Pô. A la fin du conflit, Marius a perdu une grande partie de son prestige auprès des Romains tandis que Sulla est désormais l’homme fort de la République (88 av jc).

            Marius contre Sulla: la terrible année 88

Lucius Cornelius Sulla est né à Rome dans une famille patricienne. Ses ancêtres ont presque tous siégés au Sénat depuis le temps de Camille. Sulla, plus connu sous le nom de Sylla, est un noble débauché. Cependant, « jamais la débauche ne l’a détourné des affaires » (Salluste). A l’hiver 88, lorsque le Prince du Sénat Marcus Aemilius Scaurus, décéda, Sylla s’empressa de divorcer pour épouser sa veuve, Caecilia Metella Dalmatica. C’était autant une alliance politique de premier plan qu’un mariage d’amour qui fit jaser tout Rome. Scaurus mort, Lucius Sulla devenait le Premier Citoyen de la République. Son collègue au consulat était Quintus Pompeius Rufus, dont son fils avait épousé sa fille, Cornelia. En 88, Sulla gouvernait donc Rome en famille. Mais son consulat allait être le plus difficile à gérer de l’Histoire de la République…

Sylla dans Rome la flamme à la main

Au printemps 88, les derniers foyers de la Guerre Sociale sont éteints. Le propréteur Caecilius Metellus Pius parvient à tuer le chef Pompaedius Silo au cours d’une bataille. Cependant, en Asie, une autre guerre se prépare. Le roi du Pont Mithridate a des visées expansionnistes à l’ouest et il se décide à attaquer les provinces romaines. Au printemps 88, son avancée est irrésistible et il conquiert l’Asie avant l’été. Dans la province d’Asie, les Romains sont très impopulaires. Les chevaliers ont présuré la population en l’accablant de taxes diverses. Mithridate l’encourage à la révolte. Le 1er juillet, tout ce qui porte une toge est assassiné. Aussi bien les Romains que leurs familles. Ces « Vêpres d’Ephèse » conduisent à la mort de plus de 80 000 personnes!

A Rome, la guerre contre Mithridate est déclarée. Gaius Marius, 70 ans passés, souhaite obtenir ce commandement car il se considère toujours comme le meilleur général de Rome. Cependant, Lucius Sulla, 50 ans, est désigné gouverneur d’Asie et général en chef de la guerre contre Mithridate. Marius conteste cette décision. Il pense qu’une assemblée du peuple composée des nouveaux citoyens italiens lui votera le commandement qu’il convoite. Pour mener à bien son plan, il s’allie avec le tribun de la plèbe Publius Sulpicius Rufus. Sulpicius commence par proposer une loi qui inscrirait tous les Italiens sur les listes des votants. Les consuls refusent, mais Sulpicius ne se laisse pas faire. Sur le Forum, entouré de sa garde armée qu’il appelle l’Anti-Sénat, il menace les consuls. Pompeius Rufus est obligé de s’enfuir. Son fils et gendre de Sulla est tué dans le tumulte. De son côté, Sulpicius traîne Lucius Sulla chez Marius! Sulla, entouré de glaives, est forcé de laisser Sulpicius faire voter sa loi. Puis Sylla quitte la ville pour rejoindre son armée à Nola. Pendant ce temps, Sulpicius en profite pour donner le commandement de la guerre contre Mithridate à Marius! La vengeance de Sulla et de Pompeius va être terrible. Les consuls partent de Nola à la tête de six légions et marchent sur Rome. Le Sénat, paniqué, cherche la conciliation. Mais Sulla lance une attaque surprise sur Rome à la faveur de la nuit afin de « chasser les tyrans« . Marius et Sulpicius sont obligés de s’enfuir. Sulla, désormais maître de Rome, déclare Marius ennemi public!!!

Marius ennemi public

Alors que Sulpicius est exécuté, Gaius Marius et son fils s’enfuient en Afrique. Après de nombreuses péripéties, Marius se retrouve à Carthage. Le gouverneur de la province, Sextilius, lui demande de partir. Devant son infortune, le vieux général répondit: « Dis-lui que tu as vu Marius sur les ruines de Carthage« . Le grand Gaius Marius, « troisième fondateur de Rome », voyait désormais sa puissance aussi en ruines que celle de Carthage… A Rome, l’année se terminait mal. Pompeius Rufus est assassiné par Pompée Strabo, car celui-ci refusait de lui céder le commandement de l’armée basée en Italie du nord. Sulla ne put pas venger la mort de son collègue car un tribun s’opposa.

              La République démocratique

Sulla, parti en Grèce, ne put empêcher l’élection au consulat de Lucius Cornelius Cinna, un sympathisant populares. Cependant, il comptait sur le second consul, Gnaeus Octavius, pour sauvegarder la République. Mais la famille de Marius proposa une très forte somme d’argent à Cinna pour qu’il fasse voter une loi sur le retour des exilés. Octavius et les optimates s’opposèrent violemment à ce projet, avec près de 10 000 morts sur le Forum! Cinna fut chassé de la ville et destitué de son consulat. Mais il parvint à apitoyer une légion stationnée à Capoue. A la tête d’une armée, Cinna décida donc de partir en guerre contre le Sénat. Pendant ce temps, Gaius Marius et son fils rentrèrent en Italie et recrutèrent tout ce qu’ils purent enrôler, soit jusqu’à des esclaves. Rome est ainsi mise en état de siège par Cinna, Marius, Carbo et Sertorius, des Romains! Le Sénat est défendu par Octavius, Metellus Pius et Pompée Strabo. Marius s’empare d’Ostie et décide d’affamer la ville et le peuple qui l’a élu six fois consul! De son côté, Pompée Strabo tergiverse car il veut un nouveau consulat. Son hésitation lui vaudra de perdre la vie. Les légions commencent alors à déserter en faveur de Cinna. Metellus Pius, voyant la situation perdue, s’enfuit en Afrique. Cinna et Marius réussissent à persuader le Sénat qu’il n’y aura aucunes représailles. On leur ouvre les portes. Mais Marius, furieux, donne l’ordre du massacre. Tous les sénateurs importants sont tués: Lucius Caesar, Octavius, Crassus, Marcus Antonius, Lutatius Catulus et Sylla est déclaré ennemi public. Maîtres de Rome, Marius et Cinna se déclarent consuls pour l’année 86. Marius décéda quelques jours plus tard, à la plus grande joie du peuple.

Lucius Cornelius Cinna choisit Valerius Flaccus comme consul suffect et il l’envoie en Grèce combattre Mithridate contre Sylla. A Rome, Cinna gouverne avec un ami proche, Gnaeus Papirius Carbo. Cicéron dira que l’Etat était alors « sans loi et sans droit« . Les chevaliers s’emparent des fortunes et des propriétés des sénateurs optimates, et ils s’enrichirent aussi au détriment du peuple. De leur côté, les Italiens voulurent établir une nouvelle capitale à Capoue, alors que Marius le Jeune entretenait une vive amitié avec les Samnites. En 84, Sylla annonça son retour. Cinna s’empressa de recruter une armée afin d’aller combattre Sylla en Grèce. Mais les centurions refusèrent de s’embarquer à cause du mauvais temps et Cinna fut tué dans une sédition. Le gouvernement démocratique marianiste fut ainsi un véritable échec politique et économique.

Cinna tué dans une sédition

              La Première Guerre contre Mithridate 

Le roi du Pont, né vers 132, est un souverain grec qui admire beaucoup Alexandre le Grand. Très doué pour les langues, les sciences, les arts martiaux, Mithridate a longuement préparé sa guerre contre Rome. Il peut s’appuyer sur des généraux efficaces et dévoués et sur un très grand réservoir de soldats. Bref, Mithridate est le nouvel Hannibal des Romains. Lorsque Sulla débarque en Grèce au printemps 87, il espère bien recruter de nouvelles troupes et de nouveaux fonds avant de passer en Asie. Mais le général romain se heurte à la forte résistance des Athéniens. En effet, le peuple grec s’est aussi soulevé contre Rome à l’instigation du philosophe Aristion, devenu le tyran d’Athènes. Pour Sylla, Imperator, soit « commandant en chef », cette guerre s’avère plus compliquée que prévue. Archélaos, le général de Mithridate, tient le Pirée, tandis qu’Aristion tient Athènes. Sulla met donc Athènes en état de siège et lance ses légions contre les murs du Pirée. A l’hiver, la situation du général romain est critique. Il envoie donc son légat Lucullus recruter une flotte en Egypte. Le 1er Mars 86, il réussit à prendre Athènes, où ses légions se livrent à un véritable carnage. Sulla entend donner une leçon à ceux qu’il juge « les plus ingrats des hommes« . Les Athéniens doivent demander à genoux pitié pour leur cité. Sa colère apaisée, l’Imperator ne livre pas la ville aux flammes: « J’accorde aux morts la grâce des vivants« . Quelques jours plus tard, ses troupes galvanisées réussissent à prendre le Pirée. Archélaos s’enfuit et fait jonction avec de nouvelles troupes près de Chéronée. Lucius Sulla accourt avec ses légions et réussit à empêcher les chars à faux ennemis de manœuvrer. C’est une grande victoire pour les Romains, car Sulla ne dispose que de 15 000 légionnaires, contre 45 000 pour les Pontiques. A l’automne 86, Mithridate envoie une nouvelle armée commandée par son ministre de la guerre, Doryalos. Les armées se rencontrent dans la plaine d’Orchomène. Les Romains reculent d’abord, à la grande colère de Sylla qui se précipite au premier rang en disant: « Si l’on vous demande où est votre général, dites que vous l’avez laissé combattant dans les plaines de la Béotie! » Les légions reformèrent les rangs et écrasèrent l’ennemi. Mithridate n’a plus qu’à négocier la paix s’il ne veut pas voir Sulla envahir son royaume.

Pendant ce temps, en 86, Valerius Flaccus, l’envoyé des populares, se fait assassiné par son légat Gaius Flavius Fimbria. Le jeune Fimbria entend bien capturer Mithridate. Il est près de réussir au printemps 85 lorsqu’il s’empare d’Ephèse. Cependant, Lucullus, qui croise dans les environ avec sa flotte, refuse de l’aider. Par vengeance, Fimbria met à sac Troie car elle s’était déclarée en faveur de Sylla. L’Imperator ne peut terminer la guerre car les sénateurs lui demandent alors d’aller sauver Rome. Sulla décide dès lors de faire de Mithridate son allié. En échange d’une flotte et de la province d’Asie, il renonce à envahir son royaume. Le roi du Pont accepte. C’est la Paix de Dardanos. Lucius Sulla passe ensuite en Asie et va camper près de Fimbria. Les troupes populares passent à Sulla et Fimbria est contraint au suicide. L’Imperator passe l’hiver 84 à réorganiser la province d’Asie et à frapper d’une lourde amende tout le peuple qui s’est soulevé contre Rome. Victorieux, Sylla signe d’un nouveau surnom, Epaphrodite, soit « le favori de Vénus ». En effet, au jeu de dés, le coup de plus chanceux et appelé « Coup de Vénus ». Il s’annonce donc comme le favori de la Fortune.

            La Première Guerre civile

L’Imperator débarque à Brindisium au printemps 83 bien décidé à « affronter 15 généraux ennemis et leurs 450 cohortes« . De son côté, Sylla ne dispose que de 40 000 soldats. Lors de sa seconde Marche sur Rome, Sylla progresse tranquillement jusqu’en Campanie où il se heurte à l’armée du consul Scipio Asiaticus. On établit une trêve: « L’un était escorté par l’élite de la noblesse, l’autre avait avec lui les alliés » (Cicéron). Sentant le piège, Sertorius refuse la trêve et attaque une ville acquise à Sylla. Mais celui-ci réussit à débaucher toutes les troupes de Scipion et le contraint à se rendre. Apprenant la nouvelle, le second consul, Papirius Carbo soupira: « En faisant la guerre au renard et au lion logés dans l’âme de Sulla, c’est du renard que j’ai le plus à souffrir« . Les hostilités reprirent de plus belle, avec changement de camp et trahison, même au cœur des batailles! Peu à peu, les nobles vinrent se grouper autour de Sylla. Metellus Pius fut le premier à le rejoindre, puis le jeune Marcus Crassus et enfin le jeune Pompée, qui recruta une légion sur ses terres afin de lui venir en aide. Le jeune Pompée s’avéra l’un de ses plus brillants généraux car il réussit à vaincre trois armées populares et à ramener deux légions à Sylla. Devant un tel exploit, Lucius Sulla fut admiratif et il salua Pompée du titre tant convoité d’ « imperator« . Pendant ce temps, Crassus rechignait à aller recruter des troupes sans escorte. Sylla laissa une nouvelle fois éclater sa colère en disant: « Je te donne pour escorte ton père, ton frère, tes amis, tes parents assassinés contre toute loi et toute justice et dont moi, je poursuis les meurtriers« . Dès cet instant, Marcus Crassus fut l’un de ses légats les plus dévoués.

En 82, le conflit se radicalisa. On préféra élire Marius le Jeune, 27 ans, au consulat, plutôt que l’expérimenté Sertorius. Le nom de Marius cristallisait beaucoup d’espoir et on s’engagea en masse dans son armée. Cependant, dès le printemps, Sylla l’affronta à Sacriport. Les troupes inexpérimentées de Marius furent facilement défaites. Les rescapés allèrent chercher refuge dans la cité de Praeneste, devant laquelle Sylla s’empressa de mettre le siège. Sur tous les fronts, ses légions gagnaient. Seuls les Samnites et les Lucaniens refusaient de se rendre. Fin octobre, ils arrivèrent devant Rome sans défense, menaçant de la mettre à sac. Sylla accourut. Les deux armées s’affrontèrent à la Bataille de la Porte Colline le 1er novembre. Le Samnite Pontius Telesinus hurlait qu’il fallait détruire le repaire de la louve. Ce fut une bataille sanglante et Sylla manqua de se faire tuer par deux javelots samnites; son aile de cavalerie fut laminée. On sut que la bataille fut gagnée lorsque Marcus Crassus s’annonça vainqueur sur l’autre aile. L’Imperator Sylla, était désormais le maître incontesté de tout l’Empire Romain.

            Sylla Dictateur

Après la bataille, Sylla ne montra aucune pitié envers les Samnites et tua tous les soldats qui s’étaient rendu alors même qu’il tenait une réunion du Sénat sur le Champ de Mars. L’Imperator fit ratifié tous les actes qu’il avait réalisé lors de la Guerre contre Mithridate, annula toutes les lois marianistes et se fit officiellement décerné le surnom de Felix, soit « le favori de la Fortune ». C’était le surnom qu’il s’était choisi pour qualifier toutes ses impressionnantes victoires. Cependant, les sénateurs refusèrent de déclarer ennemis publics ses adversaires. Le lendemain, l’Imperator Felix fit donc afficher une liste de 80 noms. Ils s’agissaient de tous les sénateurs et chevaliers qu’il condamnait à mort. Sylla inaugurait les sinistres listes de proscriptions. Quelques jours plus tard, il fit publier deux nouvelles listes, soit plus de 500 noms de « traitres à la République ». Il envoya la tête de Telesinus à Marius le Jeune. Praeneste décida de se rendre. Marius tenta de s’échapper par les égouts. Voyant sa tentative vaine, il se suicida. On rapporta sa tête à Sylla qui déclama en riant un vers d’Aristophane: « Il faut d’abord être rameur avant de tenir le gouvernail! » Pire fut le sort réservé aux Praenestins. Des marches du Temple de la Fortune, Sulla ordonna froidement leur exécution. Pendant ce temps, il envoya Pompée en Sicile tué Papirius Carbo qui s’était enfuit. La tête du second consul rapportée, Sylla décida qu’il était temps de s’emparer légalement du pouvoir.

Tous les magistrats marianistes étant morts, il fallait organiser de nouvelles élections. Or, c’était la fin novembre et Sulla demanda au princeps senatus Gaius Valerius Flaccus de faire voter une loi par le peuple demandant la nomination d’un dictateur pour rétablir la République, avec tous les pouvoirs et sans limitation de temps. Le peuple la vota avec enthousiasme et Lucius Cornelius Sulla Felix fut officiellement nommé dictateur. Il devint ainsi légalement l’homme le plus puissant que la République Romaine ait jamais eu. Sylla se montra impitoyable envers les tribuns de la plèbe, à qui il ne laissa aucun pouvoir. Le Sénat passa de 300 à 600 membres. Les chevaliers perdirent tous leurs privilèges. Les terres des Italiens révoltés furent confisquées et le Samnium fut rasé. Il aboli la censure pour empêcher les Italiens de recevoir la citoyenneté romaine. Tous les postes les plus importants de l’Etat passèrent aux mains des patriciens. Il désarma l’Italie et réorganisa toutes les institutions. Il remercia outrageusement ses partisans en organisant des ventes aux enchères qu’il présidait lui-même. Pour le peuple, il abaissa le prix de toutes les denrées alimentaires et organisa des Jeux de la Victoire. Il fit assassiner au milieu du Forum un de ses partisans, Lucretius Ofella, qui voulait lui désobéir. Enfin, en novembre 81, il abdiqua son pouvoir absolu en se livrant à quiconque voulait lui demander des comptes.

Sylla abdique la dictature

Si Lucius Sulla avait abdiqué la dictature, ce n’était qu’une formalité. Il se fit élire consul pour 80 avec Metellus Pius comme collègue et continua à régir les affaires de Rome. Enfin, sa femme Metella Dalmatica décéda et il se remaria avec la très belle Valeria Messala. Les affaires de l’Etat étant en ordre, Sulla se retira de la vie politique et alla vivre dans sa villa dans la baie de Naples. Cependant, à l’été 79, Marcus Lepidus, qui disait ouvertement du mal de l’ancien dictateur, se fit élire consul grâce à l’appui de Pompée: « C’est de la belle politique de ta part jeune homme! » Sylla était déçu de l’incompétence politique de son protégé et il lui préféra finalement comme héritier Lucius Licinius Lucullus, qui lui resta fidèle jusqu’à sa mort, survenue dans le courant de l’année 78. L’Imperator fortuné mourut tranquillement dans son lit, entouré de tous ses proches. Lucius Cornelius Sulla eut droit à de fastueuses funérailles d’Etat et il fut enterré comme un héros sur le Champ de Mars.

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