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X. La révolte de Spartacus

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          La sédition de Lepidus

A peine Sylla est-il enterré que les deux consuls, Quintus Lutatius Catulus et Marcus Aemilius Lepidus, se disputent déjà. Lepidus voulaient rendre aux Italiens les terres que Sylla dictateur leur avait confisquées. Le Sénat refusa en bloc. Lepidus « qui bravait la domination de Sulla, n’avait pas éprouvé combien elle était redoutable » (Salluste). A la fin de son consulat, Lepidus reçut le commandement de la Gaule Cisalpine et Catulus celui de l’Italie. Cependant, en se rendant dans sa province, Lepidus n’eut de cesse de soulever les marianistes, qui conservaient un bastion en Etrurie. Le sénateur Lucius Marcius Philippus, marianiste repenti, dit alors à ses collègues: « Vous ne voyez pas que la noblesse de vos décrets vous fait perdre toute dignité, et à lui toute crainte? » On décréta donc un sénatus-consulte contre Lepidus. Catulus et Pompée allèrent camper avec leur armée près du Pont Milvius, aux portes de Rome. Lepidus pensait à tort que le peuple se soulèverait à nouveau contre les sullaniens. Cependant, il se retrouva seul avec son armée pour affronter les légions du Sénat. Il fut rapidement défait et s’enfuit en Sardaigne où il mourut quelque temps plus tard, traité par tous d’ « idiot ».

            La Guerre de Sertorius

En 82, Quintus Sertorius, un des principaux chefs marianistes, quitte l’Italie pour aller gouverner sa province d’Hispanie Citérieure. Sulla envoie tout de suite une armé le combattre, sous les ordres de Gaius Annius Luscus. Sertorius est rapidement repoussé vers Carthagène, puis obligé de quitter l’Espagne. Il s’échappe par la mer et va s’emparer de la ville de Tanger. En 80, les Lusitaniens l’appellent pour lutter contre le gouverneur sullanien de l’Hispanie Ultérieure, Lucius Fufidius. Sertorius réussit à revenir en Espagne, en écrasant au passage la flotte de Gaius Aurelius Cotta, puis il combat victorieusement les légions de Fufidius et réussit ainsi à s’emparer d’une bonne partie de l’Ibérie.

En 79, le Sénat nomme Quintus Caecilius Metellus Pius gouverneur de l’Hispanie Ultérieure. Metellus Pius est l’homme le plus puissant de la noblesse à la mort de Sulla, dont il fut le principal allié. Il est aussi Pontifex Maximus, soit le chef de la religion romaine, depuis 81 et il s’est proclamé imperator sur ses monnaies pendant la Guerre civile. En Espagne, Metellus dispose de huit légions pour combattre Sertorius. Le général proscrit, qui avait perdu un œil pendant la Guerre Sociale, est très actif sur tous les fronts. Il bat à plusieurs reprises les légats de Metellus et pratique la guérilla. En 78, Sertorius crée même un état romain dissident! Il établit sa capitale à Osca et crée un sénat hispanique, mais il doit ruser pour se faire obéir par son armée. « Q. Sertorius, ayant à conduire des barbares rebelles à la raison, menait avec lui, à travers toute la Lusitanie, une biche blanche d’une grande beauté, et feignait d’être averti par elle de ce qu’il fallait faire ou éviter, en sorte que les barbares obéissaient à tous ses commandements, comme à des ordres d’en haut » (Frontin).

Sertorius et sa biche

En 77, Marcus Perperna Veinto, un allié de Lépidus, vient rejoindre Sertorius avec les restes de son armée. Pompée se lance à leur poursuite. En 76, Pompée et Metellus Pius unissent leurs efforts pour combattre Sertorius. Entre 75 et 73, Metellus Pius pratique la guerre d’usure. Il s’empare de Valence, puis Carthagène. De son côté, Pompée récupère Numance. Sertorius est de plus en plus isolé et Perperna finit par l’assassiner en 72 lors d’un banquet. Puis, Perperna et Pompée s’affrontent dans une bataille que tous deux souhaitent décisive. Perperna est finalement battu et Pompée le met à mort sans autre forme de procès. Metellus Pius célébra son triomphe en 71, tandis que Pompée arrivait en renfort pour lutter contre Spartacus…

            Spartacus et Crassus

Spartacus, un esclave devenu gladiateur, s’évade une nuit de son ludus de Capoue avec 74 de ses compagnons. Spartacus était un chef de clan thrace. A une époque, il a combattu comme allié dans les légions romaines. En 75, il est fait prisonnier lors d’une campagne en Dardanie par le gouverneur Gaius Scribonius Curio. Il est vendu comme esclave et se retrouve sur les marchés de Rome, où il est acheté avec d’autres de ses compagnons thraces, par le ludus de Lentulus Batiatus. On a décidé de faire de lui un gladiateur, en raison de sa force physique. Or, Spartacus ne veut pas mourir dans l’arène; il refuse de s’entretuer à mort avec ses compagnons pour le seul plaisir de divertir les Romains. Le Thrace convainc alors d’autres gladiateurs de s’enfuir avec lui.

Après leur fugue, les gladiateurs se retranchent dans les forêts du Vésuve. Epris de justice et de liberté, Spartacus divisait équitablement le butin entre les révoltés. Crixus et Oenomaüs étaient ses lieutenants. Le chef de patrouille Glaber échoue tout d’abord à arrêter ces hommes très bien entraînés. Puis, le préteur Gaius Claudius Pulcher les assiégea au Vésuve avec 3000 légionnaires. Mais Spartacus et les siens parviennent à s’échapper et à tailler en pièce l’armée romaine. Rome envoya alors le proconsul Publius Varinius. Spartacus l’approcha jusqu’à tuer son cheval. Les esclaves sont de plus en plus nombreux à se révolter et Spartacus compta bientôt une armée de près de 100 000 hommes. « Avec de l’osier et des peaux de bêtes, ils se fabriquèrent de grossiers boucliers; et le fer de leurs chaînes, refondu, leur servit à forger des épées et des traits » (Florus). Spartacus voulait rentrer en Thrace en passant par les Alpes, mais les esclaves révoltés ne pensaient qu’à piller l’Italie. En 72, les deux consuls furent envoyés contre lui. Gellius Poplicola extermina une armée et tua Crixus, tandis que Lentulus Clodianus est battu. Spartacus passa en Gaule Cisalpine où il écrase les légions du gouverneur Gaius Cassius Longinus. Pour Rome, la situation est grave. Les deux consuls s’unissent, mais Spartacus les combat victorieusement à la Bataille de Picenum. Spartacus décida alors de marcher sur Rome. Mais auparavant, il veut exercer ses troupes et s’emparer de plus d’armes.

La révolte des esclaves

A la fin de l’année, Marcus Licinius Crassus se voit confié la conduite de cette guerre par ordre du Sénat. En effet, Crassus était un homme riche et il pouvait financer l’équipement de nouvelles légions à envoyer contre Spartacus. Crassus aurait même dit qu’ « un homme qui veut jouer le premier rôle dans la République n’avait jamais assez de fortune tant qu’il ne pouvait entretenir une armée à ses frais« . Pendant les proscriptions, Sylla avait remercié son légat en lui offrant de nombreuses propriétés. Crassus fit rapidement fructifier sa nouvelle fortune en achetant tous les terrains à bâtir dans Rome. Si bien qu’ « il possédait 200 millions de sesterces en biens fonciers, le plus riche des Romains après Sulla » (Pline).

Début 71, le légat Mummius attaque Spartacus contre les ordres de Crassus. C’est la défaite et  les légionnaires s’enfuient. Crassus est tellement furieux qu’il ordonna la décimation de 50 soldats, un supplice honteux et cruel. De son côté, Spartacus descendit en Lucanie avec l’espoir de rallumer la révolte des esclaves en Sicile. Crassus alla alors l’acculer dans la région du Bruttium, en édifiant un long mur pour lui barrer la route de l’Italie. En plein hiver et au milieu d’une tempête de neige, Spartacus réussit à s’enfuir avec 1/3 de son armée. Crassus, croyant que Spartacus allait fondre sur Rome, réclama de toute urgence le retour de Pompée et de Lucullus. Mais l’armée de Spartacus se sépara alors en deux. Crassus en profita pour fondre  sur les troupes de Gannicus; ce fut un vrai massacre. De son côté, Spartacus attaqua l’arrière-garde du questeur Gnaeus Tremellius Scrofa. Fort de ce succès, les révoltés voulurent en découdre avec Crassus. Spartacus sait que ce sera l’ultime bataille et il offre son cheval en sacrifice. Le Thrace voulait affronter Crassus en personne, mais il fut blessé à la cuisse après avoir tué deux centurions. Spartacus meurt sur le champ de bataille. Pompée massacra ce qui restait des esclaves en fuite et Crassus fit crucifier 6000 esclaves le long de la Via Appia, entre Capoue et Rome, afin que cet exemple serve de dissuasion. Marcus Crassus n’obtint que l’ovatio, tandis que Pompée célébra un nouveau triomphe: « Crassus a vaincu les esclaves fugitifs en bataille rangée, j’ai arraché les racines de la guerre« .

Les esclaves crucifiés

            Pompée et Crassus consuls

Après la guerre contre Spartacus, Marcus Crassus obtint le consulat avec Pompée pour l’année 70. Le peuple a élu consuls ces deux généraux car leurs armées campaient aux portes de Rome. Magnus était populaire auprès du peuple, tandis que Crassus méritait le consulat. Les deux hommes s’entendaient mal et ils refusèrent de licencier leurs troupes avant de faire la paix à la fin de l’année. Une des premières actions de Pompée est de rétablir la puissance tribunicienne, supprimée par Sylla et réclamée par le peuple (la Lex Pompeia de tribunicia potestate). Pompée rétablit aussi la censure, ce qui permit aux Italiens de s’inscrire sur la liste des citoyens. On dénombra alors près de 910 000 citoyens. Enfin, le préteur Lucius Aurelius Cotta, soutenu par le tribun militaire Jules César, admet de nouveau les chevaliers dans les jurys. Si Pompée offre des Jeux pour fêter sa victoire en Espagne, Crassus offrit au dieu Hercule la dîme de ses biens en offrant au peuple un banquet de 10 000 tables.

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