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XII. Les orateurs au pouvoir

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Pendant que les imperators conquièrent des pays entiers au nom de Rome, sur le Forum, les orateurs se hissent au sommet de l’Etat et essaient de déjouer les complots visant à saper les bases de la puissante République…

            Cicéron

De rang équestre, le jeune Cicéron passa  son enfance auprès de Marius le Jeune. Cicero veut dire « pois chiche » en latin. C’est un surnom donné dans la famille en référence à leur nez épaté. Le jeune Marcus Tullius est fasciné par les orateurs. Il pouvait passer des heures sur le Forum à les écouter parler. Lors de la Guerre Sociale, il sert sous les ordres de Pompée de Strabo, puis de Sulla. Dégouté de l’armée, Cicéron préféra retourner à ses études de droit. Il devient avocat et plaide sa première affaire en 81, sous la dictature de Sylla. Il s’occupa de défendre le comédien Quintus Roscius Gallus. Cicéron enchaîna ensuite les grands procès.

L’Affaire Sextus Roscius (80 av jc)

A 26 ans, Cicéron parvient à faire acquitter Sextus Roscius, un homme accusé d’avoir tué son père. A Rome, un parricide est considéré comme le crime le plus grave qui soit. Cette affaire est donc très suivie et Cicéron, jeune et obscur avocat, défend alors un homme qui n’a aucune chance d’être innocenté. Pourtant, Cicéron adopte une intéressante stratégie défensive; il va s’intéresser à savoir à qui va profiter l’assassinat du vieux Roscius. Cui bono? « A qui profite le crime? » D’avocat, Cicéron se fait accusateur et pointe son doigt vers Chrysogonus, le riche affranchi du consul Lucius Sulla, qui semble ignorer ce qui se trafique dans son dos. Cicéron accuse alors Chrysogonus et ses complices de vouloir s’accaparer la fortune du vieux Roscius. D’emblée, Cicéron s’attaque aux proscriptions de Sylla. Un jeu dangereux. Mais le jury, composé de sénateurs, finit par acquitter Sextus Roscius, dont on ignore s’il fut finalement innocent ou non. Cicéron a en effet réussi à faire honte aux sénateurs, en les accusant d’être complice des proscriptions s’ils condamnaient Sextus Roscius. Suite à ce procès, Sylla fait comparaître devant lui l’ancien questeur Publius Cornelius Lentulus, soupçonné de complicité dans cette affaire, et qu’il accusera de corruption devant tout le Sénat. Lentulus tendra sa jambe devant Sulla en imitant un enfant pris en faute au jeu de balle. Lentulus gagnera le surnom de Sura, « jambe » en latin. Quant à Cicéron, il quittera Rome pour Athènes, puis Rhodes, afin de poursuivre ses cours d’art oratoire et de philosophie.

L’Affaire Verrès (70 av jc)

En 75, Cicéron est questeur en Sicile. En 70, les Siciliens, se souvenant de la bienveillance de Cicéron à leur égard, viennent lui demander qu’il fasse un procès à Gaius Verrès. Ce propréteur est accusé d’avoir pillé la Sicile en toute impunité lorsqu’il en était le gouverneur. Cicéron se lance alors dans une enquête minutieuse, accumulant toutes les preuves possible de la culpabilité de Verrès. L’ancien préteur, pourtant défendu par le meilleur orateur de l’époque, Quintus Hortensius Hortalus, est condamné. Cicéron se fait ainsi la réputation d’un avocat engagé dans la lutte contre la corruption. Il est édile en 69 et, grâce à l’appui des Siciliens, il peut offrir du blé à bas prix aux Romains, ce qui le rend très populaire auprès du peuple.

En 66, Cicéron est préteur. Au point de vue politique, il voudrait créer un troisième parti, entre les populares et les optimates, celui des Viri Boni (« Les hommes de bien »). Cependant, face à Jules César, avec qui il se dispute les suffrages du peuple, Cicéron doit renoncer à son projet. En 64, Cicéron est élu consul de préférence à Catilina. C’est le premier homo novus à se hisser à la tête de l’Etat depuis Gaius Marius.

Cicéron accusant Catilina

La Conjuration de Catilina (63 av jc)

Fin 63, Lucius Sergius Catilina échoue encore aux élections consulaires. Catilina, un guerrier et un meneur d’hommes, tente de soulever les vétérans de Sylla et de Marius contre l’Etat. Cependant, le 8 novembre, alors que Catilina arrive tranquillement à la séance du Sénat, le consul Cicéron l’accuse publiquement de fomenter un complot contre la République! Cicéron, qui n’a que des soupçons, promet alors 200 000 sesterces à tout homme lui révélant le complot. Le senatus consultum ultimum est décrété. Catilina doit quitter le Sénat sous les huées. Finalement, Cicéron réussit à s’emparer de la liste des conjurés. Parmi les conspirateurs, on note Lentulus Sura et des sénateurs de second rang. Des soupçons se portent aussi sur Crassus et sur Jules César, mais sans preuve véritable… Cicéron, malgré l’opposition de César, mais avec l’appui de Caton, fait condamner à mort cinq conjurés le 5 décembre. Alors que Catilina est allé rejoindre les vétérans en Etrurie, le 5 janvier 62, ces troupes insurgées affrontent les légions de Metellus Cerler. C’est un combat extrêmement violent et Catilina est finalement retrouvé agonisant sur le champ de bataille. Lutatius Catulus honore alors Cicéron du titre de Pater Patriae, « Père de la Patrie ».

            Caton d’Utique

Caton est l’arrière-petit-fils de Caton le censeur. Le père de Caton étant l’un des amis de Sylla, le jeune Marcus venait souvent rendre visite au dictateur avec son pédagogue Sarpédon. Caton n’aimait pas voir tomber les têtes des proscrits et il se demandait pourquoi personne ne tuait le dictateur. Sarpédon lui répondit: « C’est parce qu’on le craint plus encore qu’on ne le hait« . Caton dit alors: « Alors pourquoi donc ne m’as-tu pas donné un glaive afin de le tuer et délivrer ainsi ma patrie de l’esclavage? » Selon Salluste, Caton était un jeune homme intègre et austère. Pendant la Guerre contre Spartacus, il combattit sous les ordres du consul Gellius avec un réel amour de l’ordre et de la discipline, si bien que son général lui décerna de nombreuses décorations qu’il refusa toutes. Caton est tribun militaire en Macédoine en 67, puis questeur en 64. Lors de sa questure, il poursuivit un à un devant les tribunaux ceux qui avaient touché de l’argent pour avoir rapporté des têtes de proscrits à Sylla. Et il les fit tous condamner au supplice. Par la suite, selon Plutarque, « il était le premier à entrer au Sénat et le dernier à en sortir« , Caton disant à ce propos: « J’entends défendre les intérêts de Rome dans tous mes actes politiques« . En 62, il est tribun de la plèbe et il passa le reste de sa carrière politique à s’opposer à Jules César, qu’il détestait cordialement. Caton reprochait à César, sous couvert de manières populaires et ses discours plein d’humanité, de chercher à discréditer le Sénat par tous les moyens. Caton s’opposa aussi à Metellus Cerler, qui voulait remettre tous les pouvoirs de la République à Pompée après l’Affaire Catilina. Enfin, Caton s’associa avec Lucullus, et devint l’un des hommes forts des optimates. En 60, Caton s’opposa ainsi à ce que César se présente au consulat « en absence ». César est ainsi contraint de renoncer à son triomphe et, pour se venger des optimates, il décida de s’allier avec Pompée…

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