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XIII. Le Triumvirat

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Alors que les Optimates forment un bloc soudé au Sénat, Jules César et Pompée se retrouvent isolés. Les sénateurs refusent toutes leurs mesures. En désespoir de cause, César, déjà allié de Crassus, est obligé de frapper à la porte de Pompée…

            Jules César

Jules César est né à Rome en juillet 101.  Son père est le noble Iulius Caesar et il est le neveu de Gaius Marius. Ainsi, la lutte farouche qui opposa Marius à Sulla n’épargna pas les Césars. A son retour en 87, Marius choisi le jeune Gaius Iulius pour devenir flamine de Jupiter. A 13 ans, César doit donc répudier sa fiancée, la très riche Cossutia, pour épouser Cornelia Cinnae, la seconde fille du consul populares Cinna. Le flaminat de Jupiter est un poste très contraignant: on ne peut être en contact avec la mort, ni brandir une arme, ni monter à cheval, ni même quitter Rome pendant plus de trois jours. A 15 ans, César perd son père, qui est victime d’une rupture d’anévrisme. Jules César passe ensuite son adolescence entre le Temple de Jupiter et l’étude des livres avec son grammaticus Gnipho. En 82, son cousin Marius le Jeune meurt et Sulla triomphe. Pour César, qui se considère comme le petit prince de la République, les ennuis commencent. Jeune père d’une petite Julia, il refuse de divorcer de sa femme Cornelia comme le dictateur lui ordonne. En effet, Sylla ne se laisse pas avoir par l’attitude efféminée de César: « Méfie-toi de ce jeune homme mal ceinturé » dit-il à Pompée. Le jeune César se retrouve ainsi sur une liste de proscrits. Sylla lui confisque sa fortune et son sacerdoce. César s’enfuit mais, malade, il est retrouvé par les sbires du dictateur. Il réussit à échapper à la mort en donnant 12 000 deniers à Phagyta en échange de sa vie. Finalement, Sylla est obligé de faire un geste politique et de le gracier. En 80, libéré de son sacerdoce, César s’embarque pour l’Asie et commence son service militaire. Il brille au siège de Mytilène et obtient une couronne civique. Néanmoins, on lui prête une liaison avec le roi Nicomède de Bithynie. En 78, apprenant la mort de Sulla, il peut rentrer à Rome…

En 77, Jules César se lance dans les prétoires et accuse Cornelius Dolabella d’avoir pillé sa province. Mais il perd son procès. Aussi, il décide d’aller étudier la rhétorique à Rhodes. En chemin, son navire est attaqué par des pirates. Dans le port de Milet, il envoie son esclave Epicrate chercher la rançon. Puis, avec l’aide de complices, il drogue le vin des pirates et les massacre tous pendant la nuit. En 76, César est à Rhodes auprès du rhéteur Apollonius. A la fin de l’année, le roi Nicomède décède. César se précipite en Bithynie pour toucher son héritage et pour prendre possession du pays au nom de Rome. En effet, dans son testament, Nicomède a légué son royaume à Rome. En 74, légat du gouverneur Junius Iucundus, il empêche Mithridate de s’emparer de la nouvelle province de Bithynie en chassant ses généraux et son armée. En 73, César doit rentrer à Rome car son oncle Gaius Aurelius Cotta décède et il doit devenir pontifex à sa place, soit un des prêtres de la cité. Entre 72 et 71, on suppose que César a participé à la Guerre contre Spartacus aux côtés de Crassus.

Jules César

En 70, Jules César est tribun militaire alors que son oncle, Lucius Aurelius Cotta, préteur, propose une loi populares en faveur du retour des chevaliers dans les jurys. En 69, César perd sa tante Julia et prononce un discours dans lequel il dit descendre d’Enée et du roi Ancus Marcius. César exprime ainsi en public ses prétentions monarchistes sur Rome. En 68, il est questeur et, avant de partir en Espagne, sa femme Cornelia décède. A Gadès, César soupire après une statue d’Alexandre le Grand, en disant qu’il n’avait encore rien accompli de grand (où comment César avoue indirectement qu’il est jaloux des succès de Magnus Pompée…) Rentré à Rome en 67, César épouse Pompeia Sylla! Une alliance inattendue qui prouve le caractère très ambivalent de César. En 66, pour aider son oncle Lucius Cotta à se faire élire consul, il complote contre Catilina et contre Publius Sulla, le neveu du dictateur, en les écartant des élections.

En 65, César est édile curule. Il offre des jeux ruineux et expose ses œuvres d’art au public. Pensant alors que le crédit dont il jouissait auprès du peuple lui permettrait de satisfaire ses ambitions, César essaie de se faire attribuer le gouvernement de l’Egypte que Crassus, censeur, veut transformer en province romaine. Les optimates s’opposent à ce projet. En colère contre le Sénat, Jules César fait relever les statues de Gaius Marius abattues par Sylla! Catulus réagit vivement: « Ce n’est plus secrètement que César opère pour saper les bases de la République, c’est au grand jour qu’il agit désormais! » En 64, César aida Caton à punir les proscripteurs de Sulla. Puis, Metellus Pius décède, et en 63, César entend se faire élire Pontifex Maximus aux dépends de Catulus. Comme il a peu de chance d’être élu, il dépense sans compter (l’argent de Marcus Crassus) pour acheter les voix des électeurs. Il achète ainsi littéralement sa charge et devient ainsi le Grand Prêtre de la Religion Romaine. Il est aussi élu Préteur urbain et, dès le 1er janvier 62, il tente de traîner Lutatius Catulus devant les tribunaux afin de l’empêcher d’effectuer la dédicace du Capitole, tâche qu’avait confié Sylla à l’un de ses plus fidèles partisans. Pendant l’hiver, Jules César est accusé (sans doute avec raison), d’être l’un des complices dans la Conjuration de Catilina (voire même d’être l’instigateur du complot avec Crassus). Il fut même suspendu de ses fonctions de préteur avant d’être réintégré, faute de preuve probante. Fin 62, il divorce de Pompeia, qui est soupçonnée d’être la maîtresse de Publius Claudius. César ne pu supporter cette atteinte à son honneur: « Ma femme n’a même pas le droit d’être soupçonnée! » Début 61, César quitte Rome pour aller gouverner sa province d’Ibérie Ultérieure. Cependant, ses créanciers refusent de le laisser partir. Crassus dut se porter garant pour 15 millions de sesterces afin de régler les dettes les plus urgentes! En Espagne, César bat les Lusitaniens et s’avance jusqu’à l’Océan Atlantique.

            L’alliance avec Pompée

En 60, César est bien décidé à se faire élire consul. Cependant, Caton s’oppose à ce qu’il se présente in abstentia. A la surprise générale, Jules César n’hésite pas à renoncer à son triomphe contre les Lusitaniens et présente sa candidature au dernier moment. Pour se faire élire, il rapproche Pompée et Crassus, fâchés depuis plusieurs années. César se fait ainsi élire à l’unanimité des voix. Cependant, les optimates réussissent à faire élire consul Marcus Calpurnius Bibulus et, pour contrer César, à attribuer aux consuls des bois et des pâturages au lieu d’une province. Jules César est furieux! Il est désormais prêt à tout pour abattre le pouvoir des optimates. Il conclut alors un pacte secret avec Pompée et Crassus. C’est le triumvirat: César pensait qu’il ne pourrait pas réaliser ses ambitions s’il avait Pompée comme ennemi. De son côté, Pompée accepta pour retrouver sa puissance et contrer le Sénat. Enfin, Crassus pensait être le plus malin de tous: il comptait que Pompée et César allaient fatalement s’affronter un jour et qu’il pourrait en profiter pour s’emparer du pouvoir. Dès lors, Crassus, Pompée et César gouvernèrent la République. Seul Caton vit le danger d’une telle alliance, disant qu’elle visait à renverser la République et qu’elle finirait par provoquer la guerre civile!

Bibulus, le collègue de César

            Le consulat de Jules et de César

Dès le début de son consulat, César décida que tous les actes du Sénat seraient rendus publics. Rapidement, il proposa des lois agraires en faveur du peuple et des vétérans, et s’afficha ainsi comme le digne héritier de Marius et de Gaius Gracchus. Les optimates s’opposèrent: Bibulus fut chassé du Forum et passa tout le reste de son consulat enfermé chez lui! Caton se retrouva en prison et César menaça tellement Lucullus que celui-ci du demander grâce à genoux! Il permit à Clodius de devenir tribun de la plèbe afin de pouvoir chasser Cicéron de Rome. César passa ensuite le reste de l’année à établir des relations matrimoniales: il épousa Calpurnia, la fille de Calpurnius Piso, qu’il aida à se faire élire consul pour 58. Il maria Julia à Pompée afin de neutraliser politiquement son adversaire. Caton hurla en plein Sénat que César prostituait l’Empire avec ces mariages! Il donna Pompeia Sulla au tribun de la plèbe Publius Vatinius afin que celui-ci fasse passer une loi en sa faveur (la Lex Vatinia) lui donnant pour cinq ans le gouvernement des provinces d’Illyrie et de la Gaule Cisalpine. Par ses partisans du Sénat, il réussit à obtenir aussi la Gaule Transalpine et quatre légions! Très arrogant, Jules César se vanta en plein Sénat d’être enfin parvenu à ses fins et que désormais, il leur marcherait sur leurs têtes, à tous! Un sénateur lui rétorqua alors que « cela ne sera pas facile à une femme » car tout Rome connaissait bien César pour être un efféminé notoire.

            Pompée maître de Rome

Après le départ de César pour les Gaules, Pompée domine la vie politique romaine. En 58, il fut chargé du ravitaillement en blé de la Ville. Entre temps, Pompée supervise la construction de son théâtre qui pouvait contenir jusqu’à 20 000 spectateurs. Il le dédicace en 55, puis lui adjoint un temple dédié à Vénus Victrix qu’il dédicacera en 52. En 56, Pompée souhaite passer en Egypte pour rétablir le roi Ptolémée XII sur son trône. Le Sénat refusa de lui accorder une armée. Pompée en profita alors pour renouveler son pacte avec César et Crassus.

Pompée et Crassus sont à nouveau consuls ensemble en 55. Puis Pompée est désigné proconsul d’Ibérie pour cinq ans. Mais il ne se rend pas dans sa province et préfère rester à Rome avec Julia, qu’il aime beaucoup. Il voyagea aussi en Italie entre ses diverses propriétés. Cependant, Julia décède en août 54 après avoir donné naissance à un garçon qui ne survit pas. Le peuple s’empare du corps de Julia et l’enterre au Champ de Mars, laissant Pompée inconsolable…

Crassus contre les Parthes

            Crassus chez les Parthes

Au sortir de son consulat de 55, Crassus a réussi à obtenir le gouvernement de la province de Syrie pendant cinq ans. Avant de partir, il évalue sa fortune à 170 millions de sesterces. Arrivé en Syrie, il attaque la Mésopotamie avec l’idée d’aller faire la guerre aux Parthes, l’empire le plus vaste et le plus puissant après Rome, et d’aller jusqu’en Inde. Au passage, il pille les richesses du Temple de Jérusalem. En 53, Crassus franchit l’Euphrate, et affronte les Parthes le 9 juin, à la Bataille de Carrhes. Crassus dispose de sept légions: il commande le centre, son fils Publius, une aile, et le questeur Gaius Cassius Longinus l’autre aile. De leur côté, les Parthes disposent d’une redoutable cavalerie et d’une stratégie appelé la « flèche du parthe »: les cavaliers font mine de s’enfuir avant de se retourner et de tirer. Les Romains sont ainsi rapidement encerclés par une pluie ininterrompue de flèches. Publius Crassus réussit néanmoins à enfoncer les lignes ennemies. Cette percée est de courte durée, car son unité se fait encercler et le fils de Crassus se fait finalement tuer. Crassus, voyant la tête de son fils au bout d’une pique, n’est plus en état de continuer le combat, et les Romains sonnent la retraite. Cassius abandonne alors son général et regagne la Syrie avec quelques troupes. Quelques jours plus tard, Crassus, trahi, est obligé de se rendre. Il combat une dernière fois avant de tomber sous les coups des Parthes. Ceux-ci lui tranchèrent la tête et versèrent dans sa bouche de l’or fondu, pour railler sa soif insatiable de richesse.

             Clodius déstabilise la République

Publius Claudius est un patricien, fils d’Appius Claudius Pulcher, le consul de 79, et de Metella Cerler. Il est en outre le beau-frère de Lucullus, qui a épousé un de ses sœurs. Publius combat ainsi Mithridate et Tigrane en Asie. Cependant, Lucullus étant d’un caractère très hautain, Claudius s’estima peut remercier des services qu’il rendait à son beau-frère. Pour se venger, il aida alors les soldats à se révolter contre leur général. Commandant ensuite une flotte pour le gouverneur de Cilicie, il fut capturé par les pirates début 67. Rentré à Rome en 65, il attaqua Catilina pour extorsion de fonds. Le 4 décembre 62, Claudius profana les rites féminins sacrés de la Bona Dea, la Bonne Déesse. Il pénétra en effet dans la maison du Pontifex Maximus, revêtu d’un costume de musicienne. A son procès, Claudius avoua qu’il avait fait cela afin de voir la femme de Jules César, Pompeia Sylla. Cicéron refusa de le protéger et Claudius du payer les jurés pour éviter la condamnation.

Le scandale de la Bona Dea

En 59, Publius Claudius décida de renoncer à son statut de patricien car il désirait se faire élire tribun de la plèbe. Du jamais vu! Il fut ainsi adopté par un certain Publius Fonteius et il prit alors le nom plébéien de Clodius. En 58, Clodius est donc tribun de la plèbe grâce aux votes du peuple en sa faveur. Il fit passer toute une série de lois, dont la Lex Clodia Frumentaria qui assure des distributions de blé gratuites aux citoyens les plus pauvres. Clodius, soupçonné d’être l’homme de César, fit aussi passer la Lex Clodia de Civibus Romani Interemptis, qui permettait de punir tous ceux qui avaient fait exécuter des citoyens sans procès. Cette loi visait particulièrement Cicéron qui fut contraint de s’exiler. En 56, Clodius est édile curule et il se heurte à Titus Annius Milo, qui proposa le retour de Cicéron. En 55, Milo épousa Fausta Cornelia, la fille de Sylla. Si bien que Clodius devint l’instrument des populares et Milo celui des optimates. Et les deux hommes se battent pour la possession du Forum. Fin 53, Milo veut se faire élire consul, et Clodius préteur. Cependant, chacun refuse de voir l’autre élu et les élections sont neutralisées. Le 18 janvier 52, les deux hommes se croisent sur la Via Appia. C’en est trop: Clodius est assassiné par les hommes de Milo. En représailles, ses partisans brûlent la Curie!!!

            Pompée seul consul

A la suite de l’assassinat de Clodius, Milo est publiquement dénoncé par Metellus Scipio en plein Sénat. Les sénateurs décrètent alors le senatus consultum ultimum et demandent à Pompée de lever des troupes en Italie. Fin février, Pompée est intronisé seul consul par le Sénat qui refuse de lui octroyer la dictature. Pompée finit par accepter cette offre en épousant Cornelia Metella, la fille du puissant Metellus Scipio. Pompée cesse ainsi d’être l’homme de César pour devenir celui du Sénat. En avril, Milo finit par être accusé du meurtre de Clodius et Cicéron, sans doute menacé de mort, ne pu le sauver de l’exil. De son côté, Faustus Sulla est choisi pour rebâtir la Curia Hostilia, qui devient la Curia Cornelia. En juillet, Pompée, qui a rejoint le camp des républicains, choisit Quintus Caecilius Metellus Scipio pour être consul avec lui. Le calme est alors revenu à Rome.

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