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XV. César dictateur

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En 51, après la défaite de Marcus Crassus, les Parthes décident d’envahir la Syrie. Le proquesteur Cassius Longinus réussit à les repousser alors que le Sénat demande à Pompée et à César une légion chacune pour les envoyer défendre la Syrie. Cependant, les deux généraux ne sont pas d’accord. César veut tout d’abord obtenir un second consulat, avant de partir en expédition contre les Parthes pour venger la mort de Crassus. Mais Pompée refuse de voir César le supplanter en Orient. Fin 50, Jules César, par l’intermédiaire de ses deux tribuns de la plèbe Gaius Scribonius Curio et Marc Antoine, propose que lui et Pompée licencient toutes leurs légions en même temps. Mais César sait très bien que Pompée n’acceptera jamais…

            « Que les dés volent haut! »

Début janvier 49, le consul Lucius Cornelius Lentulus Crus refuse de céder à César et lui renvoie ses deux tribuns de la plèbe, tandis que le Sénat autorise Pompée à organiser la défense de l’Italie. « Marcus Caton soutenait qu’il fallait mourir plutôt que de laisser un simple citoyen imposer ses conditions à l’Etat« . Magnus Pompée, lui, pense que César veut juste essayer de l’impressionner: « Que César se mette en marche, je n’ai qu’à frapper la terre du pied pour remplir de légions l’Italie« .  Le 10 janvier, César est au bord du Rubicon, le cours d’eau frontière de l’Italie. Puis il se décide à le traverser, en disant: « Allons où nous appellent les signes des dieux et l’injustice de nos ennemis: que les dés volent haut! » La Guerre Plus Que Civile, selon l’expression de Lucain, commençait…

César traverse le Rubicon

« César avait résolu depuis longtemps de détruire Pompée, comme aussi, de son côté, Pompée de détruire César » (Plutarque). César conquiert l’Ombrie et le Picenum, fief de Pompée. De son côté, Titus Labienus quitte César pour rejoindre les Optimates. Pompée préfère quitter Rome car il veut épargner une nouvelle guerre à l’Italie. Avec la plupart des sénateurs, il s’embarque à Brindisium pour passer en Grèce. Jules César décide de se rendre d’abord en Espagne, afin de s’emparer des légions ibérique de Pompée. Sa tactique est simple: « Je vais combattre une armée sans général, pour venir ensuite combattre un général sans armée« . Pendant ce temps, Cicéron, Brutus et Cassius rejoignent Magnus Pompée et ses principaux légats Metellus Scipio, Porcius Cato et Faustus Sulla. Au mois d’août, les légats de Pompée en Espagne, Lucius Afranius et Marcus Petreius, doivent se rendre à Jules César. Mais en Afrique, le roi Juba II, fidèle au Sénat républicain, tue Scribonius Curio, le tribun de César. De retour d’Espagne, ce qui reste du Sénat élit César dictateur. Son premier geste est d’abolir les proscriptions de Sylla. Il ne reste dictateur que onze jours et se fait ensuite élire ou nommer consul pour l’année 48 avec Servilius Vatia.

            Pharsale

Pendant l’hiver 48, César traverse l’Adriatique afin d’entamer des pourparlers avec Pompée. Mais Labienus s’oppose à tout compromis. Pendant ce temps, à Rome, Titus Annius Milo, revenu d’exil, tente de démarrer une révolte contre César, mais il est rapidement tué. Au printemps, les armées de César et de Pompée se retrouvent en Illyrie, près de Dyrrachium. Jules César veut forcer Pompée à combattre et celui-ci se décide finalement. Vainqueur sur le terrain, Magnus ne pousse pas son avantage jusqu’à attaquer le camp de César. Ce qui lui fait dire: « Pompée ne sait pas vaincre« . Cependant, de son côté, Pompée se croit déjà vainqueur! En effet, après sa défaite, César lève le camp. « César fuit! » s’exclama alors Pompée. Ses légats, dont Labienus, le pressèrent alors d’en finir une bonne fois pour toute avec Jules César. Mais Pompée temporise car il a décidé d’affamer les troupes ennemies. En outre, il pensait ensuite facilement reconquérir l’Italie: « Sulla l’a bien fait, pourquoi pas moi? »

Le 9 août, dans la plaine de Pharsale, Pompée se décide à affronter César. En effet, Magnus attendait le renfort de Metellus Scipio, revenu d’Orient avec plusieurs légions. Dans la plaine, César dispose de 22 000 légionnaires, Pompée de 45 000. Jules César lance alors ses forces contre la cavalerie de Pompée et la met en déroute. En voyant cela, Pompée regagne son camp. Mais César, dont les troupes sont acculées à la famine, a décidé d’en finir aujourd’hui: « Hélas, ils l’ont voulu, car si je m’étais défait de mes armées, j’aurai été condamné malgré mes victoires« . Son armée prend donc d’assaut le camp de Pompée et massacrent les Pompéiens. En voyant cela, Jules César s’écria: « Epargnez vos concitoyens! » Dans le camp de Pompée, les sénateurs prennent la fuite. Pompée part pour l’Egypte, Caton, Metellus Scipio et Faustus Sulla pour l’Afrique.

En Egypte, le jeune roi Ptolémée XIV est bien embarrassé. Il avait envoyé une flotte pour soutenir les Pompéiens, sûr de leur victoire. Mais le succès de César change son attitude. Disposé à lui plaire, Ptolémée a choisi de faire périr Pompée afin d’offrir sa tête à César… Le 28 septembre, Pompée accoste non loin d’Alexandrie. Il n’a pas le temps de fouler le sol égyptien. Des Romains réfugiés en Egypte et venus l’accueillir, sortent leurs glaives et poignardent Magnus Pompée avant de lui couper la tête…

Pompée assassiné

Le 2 octobre, César, qui s’est rapidement embarqué à la poursuite de Pompée, arrive à son tour à Alexandrie. Ptolémée XIV et ses conseillers lui présentèrent alors la tête de Pompée. Jules César recula d’horreur devant ce crime que lui-même n’avait pas osé perpétrer. Lorsqu’on lui remit le sceau de Pompée, César pleura. Il enterra la tête de Pompée à Alexandrie et fit remettre ses cendres à sa femme Cornelia Scipio, qui les conserva dans un tombeau de sa maison à Alba. A Rome, quand on apprit la mort de Pompée, on fit retirer des rostres sa statue ainsi que celle de Sylla.

            « Veni, Vedi, Vici »

En Egypte, César décide d’installer la reine Cléopâtre sur le trône et de se débarrasser du roi Ptolémée. Pendant ce temps, à Rome, son âme damnée, Publius Vatinius est consul, avec Fufius Calenus, un de ses généraux. Pendant l’hiver, César, qui a toujours rêvé de gouverner l’Egypte au nom de Rome, fait une croisière sur le Nil avec Cléopâtre. Ce n’est pas un voyage romantique. Jules César se déplace en effet avec une partie de son armée et installe plusieurs garnisons aux postes clés. L’objectif est de mettre la main mise sur les récoltes de blé au nom de Rome. Au printemps, César se rend en Syrie, bien décidé à pacifier à l’Orient. Le 1er août, il affronte Pharnace, le roi du Bosphore et fils de Mithridate à la Bataille de Zela. Pharnace c’était en effet emparé de la Bithynie et du Pont. Avec trois légions, César tailla en pièces son armée. Dans son courrier à Rome, César écrivit juste ces trois mots: Veni. Vedi. Vici. « Je suis venu. J’ai vu. J’ai vaincu« . Pendant ce temps, en Afrique, Metellus Scipio est désigné commandant en chef de la résistance contre César et Caton fait fortifier la ville d’Utique.

Début octobre, César rentre à Rome et le Sénat lui accorde tout ce qu’il veut et même plus: le consulat pour cinq ans s’il le souhaite, la dictature pour un an et la puissance tribunicienne à vie! César est donc dictateur pour la deuxième fois et aussi consul pour 46. Jules César cumule à la fois la dictature et le consulat! Mais dès le mois de décembre, César quitte Rome et s’embarque pour l’Afrique. Il a décidé d’en finir avec les pompéiens…

            César triomphe

Le 6 avril, Jules César bat définitivement Metellus Scipio, Juba et les pompéiens à la Bataille de Thapsus. Quelques jours plus tard, Caton préfère se suicider à Utique plutôt que de se rendre à César. Juba et Scipio décidèrent eux aussi de se suicider. Faustus Sulla est capturé et tué par les soldats de César. Gnaeus Pompée, lui, réussit à s’enfuir en Espagne avec les restes de l’armée pompéienne. Après sa victoire, le dictateur transforme la Numidie en province romaine.

Le 25 juillet, César est de retour à Rome. Le Sénat ordonne alors de fêter sa victoire pendant quarante jours et le nomme à nouveau dictateur, cette fois-ci pour une période de dix ans! On décréta de lui élever une statue qui le proclamait demi-dieu et que l’on devait inscrire son nom sur le Capitole au lieu de celui de Catulus. Les Optimates étaient définitivement défaits. Le popularis et marianiste Jules César triomphait.

Le triomphe de César

Le 26 septembre, César triomphe sur la Gaule puis, quatre jours plus tard sur l’Egypte. Vercingétorix est donc promener sur un char avant d’être étranglé. Sur l’Egypte, César offrit au peuple la reine Arsinoé enchaînée, ce qui choqua les Romains. Quatre jours plus tard, nouveau triomphe, cette fois-ci sur le roi Pharnace. Et enfin: quatrième triomphe sur Juba. Lors d’un de ses triomphes, ses soldats le raillèrent sur sa supposée relation avec le roi Nicomède. César en fut tellement vexé qu’il était prêt à jurer à qui il voulait qu’il ne s’était jamais soumis au roi de Bithynie. Plus tard, il fit enlever l’inscription « demi-dieu » de sa statue. A Rome, il fit construire un Forum à son nom, un temple à la gloire de Vénus Génitrix et il offrit des jeux funéraires en l’honneur de sa fille. Surtout, il réforma le calendrier et régla l’année en 365 jours sur le cycle solaire et non plus sur les cycles lunaires: le fameux calendrier julien. Mais César est un homme de guerre. Ces réjouissances passées, il retourne sur les champs de batailles. Son neveu, le gouverneur de Syrie Sextus Julius César, est tué par un pompéien. En novembre, César quitte donc Rome pour combattre Gnaeus Pompée.

            Munda

A la fin de l’hiver, le dictateur est en Espagne prêt à combattre avec ses légions. L’armée de Gnaeus Magnus est défaite à la Bataille de Munda. Le fils aîné de Pompée est capturé et tué. Mais Sextus, le second fils, réussit à s’échapper. César rentre à Rome en octobre et obtient encore de nouveaux honneurs: le droit de porter le titre « Imperator » et « Pater Patriae« . Honneur absolu et toujours en vigueur de nos jours: le mois de quintilis devient le mois de « Julius« . Puis il ose célébrer un triomphe sur Gnaeus Pompée, c’est-à-dire que pour la première fois, un général romain fêtait sa victoire sur un autre romain! Le nombre des sénateurs est porté à 900; les questeurs passent de 20 à 40, les préteurs de 8 à 16 et les édiles de 4 à 6. Jules César fonctionnarise l’Etat romain et enlève le pouvoir des mains du Sénat. Il impose le concept politique du césarisme soit la « conjonction d’un pouvoir personnel appuyé sur le peuple et une volonté monarchique dissimulée sous un fondement populaire ». César supprime les pouvoirs du Sénat et les intermédiaires entre lui et le peuple. Il nivelle aussi la société par le bas afin de flatter la plèbe. Il distribue ainsi des terres aux plus pauvres et à ses légionnaires en les confisquant aux aristocrates qu’il a fait exécuter. Il fait entrer au Sénat des Gaulois qui savent à peine parler le latin!

            Dictateur perpétuel

Jules César a cumulé plusieurs fois le titre de dictateur. Début 44, il est ainsi dictateur pour la 5ème fois! Le 26 janvier, il est acclamé rex, soit « roi » lors des fêtes du Mont Albain, mais il rejette ce titre qu’on voudrait lui faire porter. Cependant, début février, Jules César se voit proclamer dictator in perpetuum, « dictateur à vie ». Cependant, il se comporte comme s’il abdiquait la dictature et licencie sa garde personnelle. Une manière pour lui de railler l’abdication de Sylla? En effet, il dira à ce propos: « Sulla n’était pas un bon maître puisqu’il a renoncé à enseigner« . Ce qui sous-entendait que Sylla ne s’y connaissait rien en politique puisqu’il avait abdiqué la dictature… Le 15 février, Marc Antoine offre le diadème de roi à César, mais le dictateur sent que la foule désapprouve de le voir couronner « rex« . Il renonce à s’emparer du diadème, mais n’empêche pas Marc-Antoine d’en coiffer une de ses statues. Pour certains sénateurs, César a désormais franchi la limite…

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