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XVI. Les Ides de Mars

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Marcus Junius Brutus et Gaius Cassius Longinus, les préteurs urbain et pérégrin, sont persuadés que Jules César veut se faire couronner roi de Rome. En effet, petit à petit, César a accaparé toutes les prérogatives du Sénat, alors qu’il avait déjà les titres de Pontifex Maximus, Imperator, Dictateur Perpétuel et puissance tribunicienne! Aucun doute, pour César la République était à bout de souffle et il fallait mettre un régime nouveau à la place: la monarchie. Jules César a aussi écrit plusieurs traités sur les rois, affirmant qu’il descend d’Ancius Marcius et des rois troyens. Brutus et Cassius fomentent alors un complot et décident de supprimer le dictateur…

            Brutus et Cassius

Brutus est le fils de Marcus Junius Brutus, qui en 78, lorsqu’il gouvernait la Gaule Cisalpine à la place de Sulla, s’est allié au consul Lepidus. Junius Brutus a été battu puis exécuté par Pompée. Sa mère est Servilia, la maîtresse bien connue de Jules César. Après l’exécution de son père, son oncle Quintus Servilius Caepio l’adopta. Puis, lorsque celui-ci décéda, Caton s’occupa de son éducation. Dans sa jeunesse, Brutus a longtemps été fiancé à Julia, avant que Jules César ne préfère donner sa fille à Pompée. Dès lors, Brutus vit César comme son ennemi. Par égard pour Servilia, César décida de lui accorder sa clémence après Pharsale. Mais l’assassin de Jules César a toujours revendiqué ce meurtre, en n’hésitant pas à faire graver un denier sur lequel on voit d’un côté son profil et de l’autre, les poignards et le bonnet de la Liberté des Ides de Mars.

Cassius est le fils de Gaius Cassius Longinus Varus, le consul de 73. Dans sa jeunesse, il allait à l’école avec Faustus Sulla. Le jeune Faustus exaltait devant ses camarades la puissance absolue de son père lors d’un cours. Cassius se leva alors pour le gifler. Tous deux finirent par être convoqués devant Pompée. Cassius a toujours eu « une haine naturelle et une antipathie invincible contre les tyrans » (Plutarque). Avant sa questure, il épouse Junia Tertia, la sœur de Brutus (et peut-être la fille naturelle de Jules César). Puis Cassius suit Crassus en Syrie où il se distingue en gouvernant la province et en se montrant un bon général. De retour à Rome, il rejoint le camp de Pompée et tient la Sicile en son nom. Après Pharsale, César épargna sa vie, sans doute à cause de ses liens familiaux.

            Le tyran assassiné

Le 14 mars, Jules César dîne chez Lépide, son maître de cavalerie. Son ami Decimus Brutus l’interroge sur la meilleure mort qu’il souhaite avoir. « La moins attendue » répond César. Pendant la nuit, Calpurnia fait un horrible cauchemar. Elle conjure son mari de ne pas se rendre au Sénat. Marc-Antoine, consul, acquiesce, mais pas Brutus, déterminé: « N’a-t-il pas assez humilié le Sénat? S’il tient absolument à remettre la séance, qu’il l’annonce lui-même« . Tard dans la matinée, César se rend donc à la Curie de Pompée. En chemin, un messager de son ami le rhéteur Artémidore de Cnide lui remet un billet dénonçant le complot, mais César garde le billet dans sa main. Arrivé au Théâtre de Pompée, César dit à Spurinna: « Eh bien, les ides de mars sont arrivées! » Et l’haruspice, qui lui avait prophétisé au début du mois « César, prend garde aux Ides de Mars« , de répondre: « Mais elles ne sont pas passées« .

Jules César assassiné

Le dictateur s’engouffre dans la Curie et s’assied sur sa chaise personnelle. Lucius Tillius Cimber supplie alors César d’accorder la clémence pour son frère qui avait rejoint le parti de Pompée. Mais le dictateur refuse cette fois encore. Cimber s’approche alors de César et lui fait une prise l’empêchant de bouger. Gaius Servilius Casca porte le premier coup. Le dictateur est surpris. Puis Publius Casca porte un autre coup, puis Cassius, Brutus, Gaius Trebonius, Sulpicius Galba, Quintus Ligarius, Minucius Basilus et une douzaine d’autres sénateurs affolés frappent César. Lorsque le dictateur reconnait Brutus, il aurait dit « και δγ τεκηοη » (« Toi aussi mon fils« ). Jules César a juste le temps de se recouvrir le visage pour mourir dignement. Il s’effondre, victime de 23 coups de poignards, dont un seul mortel, au pied de la statue de Pompée. Aucun sénateur ne vient à son secours. Le dictateur meurt seul dans la Curie, en se vidant de son sang.

            César brûle

Lorsque les conjurés sortent du Sénat, ils sont persuadés d’avoir rétabli la République. Ils crient à tous sur le Forum qu’ils viennent de tuer un roi et un tyran. Mais le peuple scande à l’assassinat. Les conjurés sont pris à partie et sont obligés d’aller se réfugier au Capitole. Marc-Antoine, tout d’abord retenu par un conjuré hors de la Curie, s’enfuit. Pendant ce temps, le second consul, Publius Cornelius Dolabella, félicite les tyrannicides. Quant à Cicéron, ravi de ce résultat, il veut aussi tuer Marc Antoine, mais Brutus refuse, car il ne veut pas ouvrir une nouvelle guerre civile. Le 16 mars, Marc Antoine occupe le Forum et convoque le Sénat pour le 17 au Temple de Tellus, afin de purifier les tyrannicides. Le 17 mars, tous les conjurés sont amnistiés et on vote des honneurs divins fait à César pour ses funérailles. Le 18, Decimus Junius Brutus obtient le gouvernement de la Gaule Cisalpine, Brutus celui de la Crête, Cassius celui de l’Afrique. Le 19, on ouvre le testament de César: il lègue 300 sesterces à chaque citoyen romain. Le 20, Marc Antoine fait l’oraison funèbre de César en plein milieu du Forum en montrant au peuple la toge ensanglantée du dictateur. Le peuple érigea alors spontanément un bûcher funéraire et brûla le corps de César en plein milieu du Forum.

Marc Antoine livrant le corps de César au Peuple

Brutus quitte ensuite Rome et ne peut y revenir, car il se heurte aux vétérans de César. Pendant ce temps, Octave apprend que César l’a adopté et lui a légué la moitié de sa fortune. Le jeune homme, alors en Grèce, rentre à Rome. Dès qu’il débarque, il prend le nom de Gaius Iulius Caesar Octavanius. Cicéron se déclare immédiatement en sa faveur, à la grande fureur de Brutus: « Je m’étonne fort de Cicéron, qui craint les dangers d’une guerre civile, ne redoute pas l’infamie d’une paix déshonorante, et ne veuille d’autre récompense d’avoir chassé Antoine de la tyrannie, que celle de nous donner César pour tyran« . A Rome, Marc Antoine passe une loi pour abolir la dictature de la constitution républicaine. La tyrannie est terminée.

Fin juillet, Octavien préside les Jeux de César, les Ludi Victoriae Caesaris, et une comète apparaît dans le ciel qui brille pendant sept jours. Octavien fit alors savoir au peuple qu’il s’agissait là de l’âme de César qui avait été reçue dans le ciel. Il fit même graver un denier commémorant cet événement. Et la clémence envers les tyrannicides allaient bientôt se terminer…

            Octavien marche sur Rome

Alors que le 7 janvier, Octavien fait son entrée au Sénat comme princeps senatus, en Orient, Brutus s’empare de la Macédoine et Cassius de la Cilicie. Cassius se rend ensuite en Syrie et prend avec lui les quatre légions que César avait laissé en Gaule. De son côté, Marc Antoine part en guerre contre le conjuré Decimus Brutus. Au printemps, il réussit à l’enfermer dans la ville de Modène. A Rome, Cicéron réussit à convaincre le Sénat de soutenir Octavien et de voter un senatus consultum ultimum contre Marc Antoine. Octavien et les deux consuls, Pansa et Hirtus, marchent alors contre Antoine. Le 14 avril, à la Bataille de Forum Gallorum, Antoine se fait battre par les troupes du Sénat. Octavien se fait acclamer « imperator » sur le champ de bataille, alors que les deux consuls sont tués.

Fin mars, Antoine rejoint le camp de Lépide en Gaule et tous deux décident de s’unir contre le Sénat et Octavien. De son côté, Octavien veut se faire élire consul suffect. Mais le Sénat refuse sa demande. Puis, apprenant la réconciliation d’Antoine et de Lépide, Octavien marche sur Rome et se fait ainsi décerner le consulat à l’âge de 19 ans! Octavien ne perd pas de temps. Par la Lex Pedia, il condamne à mort les assassins de César. Puis, il se décide à passer une alliance avec Antoine et Lépide. C’est le Second Triumvirat. Immédiatement, les triumvirs font paraître une liste de proscriptions condamnant à mort une centaine de sénateurs. Parmi eux: Cicéron, Marcus Aemilius Scaurus fils, tous les Metellii, Bibulus fils, Cinna fils, Claudius Pulcher, Hortensius fils, Sextus Pompée, Porcius Cato fils, Lucullus fils et Valerius Messala. Soit: tous les grands noms de la République!!! Le 7 décembre, Cicéron est tué par les soldats des triumvirs. Sa tête est placée sur les rostres. Les proscrits rejoignent soit Sextus Pompée, dont la flotte contrôle une bonne partie de la Méditerranée, soit Cassius et Brutus. Les triumvirs se partagent l’Occident: l’Italie à Octavien, la Gaule à Antoine, l’Espagne à Lépide. Les Républicains tiennent alors tout l’Orient. Octavien épouse alors Clodia, la belle-fille de Marc Antoine, afin de sceller l’alliance politique dont il a besoin. Mais Octavien déteste sa femme et le mariage n’est pas consommé.

            Philippes

Brutus et Cassius prennent peu à peu tout le contrôle de l’Orient. En septembre, ils arrivent en Grèce. Les Républicains disposent alors de 19 légions contre 20 pour les Césariens. Le 3 octobre, les deux camps s’affrontent à la Bataille de Philippes. Antoine lance une attaque frontale contre Cassius et réussit à s’emparer de son camp. Mais pendant ce temps, Brutus réussit à prendre le camp d’Octavien. Cassius croit la bataille perdue et se suicide, à moins que ce ne soit son affranchi Pindarius qui ne lui trancha la tête. Quand Brutus vit le cadavre de Cassius, il le pleura en l’appelant le « Dernier des Romains ». Ensuite, Brutus voit à nouveau un spectre noir lui apparaître, le même qui lui était apparu la veille de la bataille. Beaucoup pensent qu’il s’agissait du fantôme de Jules César venant le hanter. Le 23 octobre, Brutus livra une dernière bataille. Quand il se vit perdu, il préféra se suicider. Ses derniers mots furent: « Je laisse après moi une réputation de vertu que jamais ni leurs armes, ni leurs richesses ne pourront ni leur faire acquérir, ni transmettre à leurs descendants. On dira toujours d’eux qu’injustes et méchants, ils ont vaincu des gens de biens, pour usurper une domination à laquelle ils n’avaient nul droit« .

La mort de Brutus

            La fin des Républicains

Après Philippes, Quintus Labienus, le fils de Titus Labienus, rejoint les Parthes et prend le surnom de Parthicus. Labienus réussit à s’emparer de toute l’Asie Mineure. Mais, en 39, un des généraux d’Antoine, Publius Ventidius Bassus, écrase ses troupes. Labienus est tué sur le champ de bataille.

En 43, Sextus Pompeius Magnus Pius, proscrit, s’empare de la Sicile. Contrôlant la mer au large de Messine, il s’adjuge le surnom de « fils de Neptune » et fait paraître plusieurs monnaies à son effigie. Entre 42 et 40, Sextus Magnus s’empare aussi de la Sardaigne et de la Corse. Il empêche les navires de ravitailler Rome et Octavien est obligé de négocier avec lui. Les triumvirs reconnaissent donc la puissance de Pompée au Traité de Misène en 39. Sextus est reconnu gouverneur officiel des provinces dont il s’est emparé et il obtient aussi le consulat pour 38.

Le 17 janvier 38, Octavien épouse Livia Drusa, la fille de Marcus Livius Drusus Claudianus (le fils adoptif du tribun de la plèbe Drusus) et d’Alfidia. Son père, préteur en 50 et fervent républicain, se suicide en 42 après la Bataille de Philippes. En 43, Livia épouse Tiberius Claudius Nero, dont elle a rapidement un fils, Tibère. Tiberius préféra suivre le parti de Marc Antoine. Après la défaite de Gaius Antonius, il part rejoindre Sextus Pompée en Sicile. Finalement pardonné, Tiberius est contraint par Octavien à divorcer, bien que sa femme soit enceinte. Octavien est en effet déterminer à épouser Livie qui voit en cette patricienne un bon appui politique pour se concilier les sénateurs républicains dans sa lutte contre Sextus Pompée. Livie est vite érigée en modèle de la matrone romaine, restant à la maison à filer la laine et prônant l’exemple de la vertu et de la chasteté. Livie, républicaine, ne donna pas d’enfant à Octavien.

En 37, Octavien reprend la guerre et débauche Menas, le lieutenant de Sextus Pompée, qui lui livre la Corse et la Sardaigne. Sextus Pompée parvient à garder la Sicile pendant encore deux ans, avant qu’Agrippa, le préfet de la flotte, ne le mette en déroute à la Bataille de Nauloque en septembre 36. Sextus Pompée est finalement capturé en Bithynie en 35 et exécuté par un lieutenant d’Antoine.

            Agrippa

Octavien doit la plupart de ses victoires à son ami Marcus Vipsanius Agrippa. Tous deux fréquentent la même école de rhétorique. Agrippa est issu d’une famille équestre qui a reçu la citoyenneté romaine en 70. Lorsqu’Octave apprend la mort de César, il lui conseille d’accepter l’héritage du dictateur. Et en 43, Agrippa réussit à se faire élire tribun de la plèbe pendant le consulat d’Octavien, afin d’entrer au Sénat à 20 ans! En 40, Agrippa est remercié de ses services en devenant préteur urbain à l’âge de 22 ans. En 39 et 38, il gouverne la Gaule Transalpine et traverse le Rhin pour combattre quelques tribus barbares. A son retour, il épouse Pomponia Attica, la fille de Pomponius Atticus, un très riche chevalier ami de Sylla et de Cicéron. En 37, Agrippa est consul et bien décidé à en finir avec Sextus Pompée. Il fait entreprendre de gigantesques travaux et crée un nouveau port, le Portus Iulius, afin de pouvoir mettre à la mer toute une nouvelle flotte de guerre. Avec sa flotte, Agrippa réussit à vaincre le fils de Pompée. A cette occasion, il se voit décerner une récompense inusitée, une couronne de proue de navires, la corona navalis. En 39, Agrippa décide de devenir édile afin de réaliser des travaux d’embellissement à Rome. Il rénove des aqueducs, en fait construire d’autres, et installe des fontaines dans toute la Ville.

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