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L’armée

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L’armée est la force principale de la République romaine. Toute la société se construit et se rassemble autour des guerres et des conquêtes. Cependant, l’armée évolue de façon considérable à partir du IIème siècle av jc.

I. La composition de l’armée

L’armée romaine au début de la République fonctionne selon la réforme censitaire mise en place par le roi étrusque Servius Tullius. C’est-à-dire que chaque soldat fournit lui-même son propre équipement avec lequel il combat.

La légion romaine comprend environ 4000 soldats, organisés en plusieurs divisions:

– Les 18 premières centuries composent la cavalerie.

– Les première, deuxième et troisième classes censitaires combattent dans l’infanterie lourde.

– Les quatrième et cinquième classes composent l’infanterie légère.

– 2 centuries de fabri s’occupent du génie.

– 2 centuries de tibicines: musique militaire

            L’armée des Guerres puniques

L’armée de Servius Tullius a été réorganisée par Camille au début du IVème siècle: les légions sont organisées en manipules (compagnies) et en centuries (sections).

– La centurie: composée de 100 légionnaires à l’origine, elle en regroupe 60 lors des Guerres puniques.

– Le manipule: c’est une unité tactique qui regroupe 2 centuries

– La légion: regroupe 30 manipules (soit 60 centuries), ce qui représente 4200 soldats.

La légion est organisée comme suit:

– Tous les légionnaires sont des citoyens. Ils sont désormais répartis sur le terrain selon leur âge et leur valeur militaire et non plus selon le cens.

– L’infanterie romaine se compose ainsi:

-Hastati au premier rang: des légionnaires jeunes et bien équipés: cotte de maille ou pectoral en bronze, bouclier long, glaive espagnol et casque de bronze. Ils ont aussi deux javelots qu’ils lancent au début de l’engagement.

– Les principes au second rang: ce sont des soldats expérimentés.

– Les triarii au troisième rang: ce sont les vétérans. Ils combattent principalement avec une lance (hasta) et sont lourdement équipés (jambières en plus).

– Les velites: l’infanterie légère. Ces soldats sont armés d’une lance en bois, d’un petit bouclier rond, d’un casque en cuir et d’un glaive court.

– Chaque légion est accompagnée d’un corps de cavalerie, divisé en 10 turmes (escadrons) de 3 décuries, soit 300 cavaliers.

– Des soldats alliés (socii) sont ajoutés aux légions. Ces alliés sont organisés en cohortes et servent dans l’infanterie.

– Des soldats auxiliaires renforcent la légion. Ils proviennent des peuples soumis par Rome (province) ou des royaumes amis (frondeurs baléares, archers crétois, cavaliers maures).

Chaque année quatre légions sont levées, plus d’autres en cas de guerre.

L’infanterie romaine

            La réforme de Marius

A partir de 104, le consul Gaius Marius supprime complètement le recrutement en fonction du cens. Désormais, les citoyens les plus pauvres peuvent s’engager dans l’armée (proletarii et capite sensi). La cohorte devient l’unité tactique de base:

– La centurie: 100 légionnaires

– Le manipule: 2 centuries

– La cohorte: se compose de 3 manipules (600 hommes) alignés sur trois rangs (hastatii, principes et velites).

– La légion: comporte 10 cohortes, soit 6000 soldats

II. L’organisation de l’armée

Le recrutement de l’armée: l’appel (dialectus) a lieu chaque printemps et l’armée se fait licencier au mois d’octobre. Une campagne dure donc généralement six mois maximum. Avant de recruter les légionnaires, les comices tributes se réunissent au Champ de Mars et élisent les tribuns militaires, qui formeront les cadres de l’armée. Ensuite les consuls, avec l’aide des tribuns, procèdent à l’incorporation (agere dialectus) depuis le Capitole. Tous les citoyens en âge de porter les armes défilent dans l’ordre des tribus en déclinant leur nom. Dans les campagnes, des recruteurs (conquisitores) sont délégués. Les mobilisables recensés, on procède ensuite au tirage au sort. Enfin, on accepte les volontaires (volones).

L’enrôlement des légionnaires

Après l’enrôlement, un soldat âgé prononce un serment d’engagement (sacramentum). Les autres légionnaires répondent « Idem in me » (« pareil pour moi »).

            Les armes

Hasta: la lance réservée aux triarii.

Pilum: le javelot à hampe en bois. Il mesure environ 2 mètres de long. Il est léger (1,2kg) et a une portée de 30 mètres. C’est une arme des hastati et principes.

Gladius: épée courte et pointue, avec une lame à deux tranchants.

Scutum: bouclier en bois de forme oblongue et convexe.

Lorica: cotte de maille.

Contus: lance légère en bois.

Parma: bouclier rond.

Galea: casque en cuir.

Funda: fronde.

Arcus et sagittae: arc et flèches.

La hiérarchie militaire

L’armée romaine est très ordonnée et très hiérarchisée. Dans la cavalerie, chaque turme est commandé par un préfet équestre, et les décuries par un décurion. L’artillerie et le génie sont sous les ordres d’un praefectus fabrum. Dans l’infanterie:

Général en chef (Imperator)

Questeur (Quaestore)

Légat (Legatus)

6 Tribuns militaires par légion (Tribuni)

60 centurions (centuriones)

Sous-officiers (principales)

Légionnaires (legionari)

 

Le général en chef est l’appelé l’Imperator car il détient l’imperium. Il est soit consul, soit proconsul, soit préteur ou propréteur. Il porte le paludamentum, le grand manteau rouge symbole de son commandement. Le général en chef a sous ses ordres toutes les légions.

Le questeur est l’intendant de la légion. Il est aussi chargé de la distribution de la solde.

Le légat est choisi par le général pour le seconder. Ils peuvent être plusieurs. Le général peut lui déléguer le commandement d’une légion, de la cavalerie, d’un détachement spécial…

Les tribuns sont nommés chaque année. Les tribuni militum a populo sont élus par les comices tributes parmi les jeunes chevaliers qui ont effectué cinq ou dix campagnes. Les tribuni militum rufuli sont choisis par le général en chef parmi des officiers expérimentés (ils apparaissent à partir de 105).

Les centurions: celui qui a le grade le plus élevé, c’est-à-dire le premier centurion de la première légion consulaire est appelé le Pilus prior ou primipile.

Les sous-officiers sont répartis dans les centuries. L’ordo prior commande. Il est assisté de l’ordo posterior, de l’optione (adjudant) et du tesserarius (sergent major affecté à la logistique). Parmi les légions, on trouve aussi le signifer, qui porte l’enseigne (signum), les instructeurs (campidoctores), les préposés au ravitaillement (pecuarii), des chefs architectes, des chefs médecins, des chefs musiciens, etc.

Les légionnaires sont divisés en deux catégories: les immunes, c’est-à-dire les soldats de première classe exempts de corvée et les munifices, les soldats de deuxième classe effectuant la corvée (munus).

            L’entrainement quotidien

Lorsque l’on s’engage, l’instruction des nouvelles recrues (tirones) est confiée aux centurions et à ses sous-officiers. Le quotidien d’un légionnaire consiste alors en un entrainement intensif: lancement du pilum, attaque sur des mannequins avec des glaives en bois deux fois plus lourd, course, marche, travaux de force, saut, corvée, montage et démontage de camp, creuser des tranchées, tour de garde, etc.

L’entrainement des légionnaires

            Les ordres

Legio expedita! (garde à vous!)

Signa inferre! (en avant!)

Praege! (marche!)

Concursu! (pas de charge!)

Ad dextram! (à droite!)

Ad sinistram! (à gauche!)

Ad gladios! (aux armes!)

Signa statuere! (halte!)

            La discipline

Dans l’armée romaine la discipline est très rigoureuse. Le soldat qui s’endort pendant son tour de garde peut être condamné à mort. A la fin de la République, le général en chef doit savoir maintenir une discipline de fer sans trop punir ses soldats afin d’éviter les mutineries. Un légionnaire ou un officier peut être dégradé, congédié, privé de solde et de butin. Certains soldats peuvent se faire battre par leur centurion à l’aide d’un pied de vigne qu’il a toujours avec lui. Enfin, les peines peuvent aller jusqu’à la décimation, c’est-à-dire qu’un soldat est tiré au sort parmi dix, et que les neuf autres le frappent à mort.

            La religion aux armées

La vie religieuse tient une place très importante aux armées comme dans toute la société romaine. De nombreux rites et célébrations se déroulent tout au long de la campagne.

Au début du mois de mars, les 12 saliens (sauteurs) dévoués au culte du dieu guerrier Mars exécutent une danse guerrière (saltatio). Les prêtres saliens veillent sur un bouclier sacré tombé du ciel qui leur a été offert par le roi Numa.

Le 15 mars se déroule l’Equerria: purification des chevaux.

Le 19 mars a lieu le Quinquatrus: purification de l’armée réunie au Champ de Mars. Un suavetorile fait le tour de toute l’armée selon un certain rituel afin de solidariser tous les soldats.

Le 23 mars, Tubilustrium: purification des trompettes.

La déclaration de guerre à un ennemi se déroule selon un certain rituel. Le collège des 20 féciaux doit constater que les ennemis de Rome ont porté atteinte à la patrie en prenant les dieux à témoin. Le chef du collège, le Pater Patratus, se rend à la frontière du pays ennemi où il projette une lance trempée dans le sang en prononçant de terribles formules d’imprécation.

Pendant la campagne, le général prend les auspices avant chaque bataille. Il ne peut lancer ses troupes que si ceux-ci sont favorables. A la fin de la République, le général s’entourera de prophètes, de mages ou d’haruspices prononçant toujours des oracles favorables. Le général se dira aussi interprète privilégié des dieux et fera lui-même des oracles.

Un objet est cultuel à l’armée: l’enseigne de la légion. Le signifer porte l’insigne de la légion, c’est-à-dire une enseigne avec le symbole de la légion, le signum (taureau, loup, x, y, représentant les 4 légions, qui sont remplacés par un aigle par Marius). Le signifer est revêtu d’une peau de lion. C’est un des meilleurs soldats de la légion. Il doit défendre son aigle au péril de sa vie, car si le signum tombe aux mains des ennemis, c’est signe de défaite. Les aigles sont toujours entreposés au milieu du camp, près de la tente du général.

Après la bataille, le général élève un tropaeum (trophée) à l’endroit où la victoire lui a été acquise. Le trophée consiste le plus souvent en un tronc d’arbre décoré des dépouilles prises à l’ennemi. Par la suite, ce trophée de bois peut être remplacé par un monument en pierre lorsqu’il s’agit de grandes victoires.

Au retour de la campagne, à Rome, le 15 octobre (October Equus), la guerre est symboliquement tuée par un rituel. Une course de char est organisée et l’un des chevaux du vainqueur est sacrifié sur le Champ de Mars. Le 19 octobre, les armes sont purifiées (Armilustrium) et les crimes de guerre sont ainsi effacés.

            L’armée en marche

Une armée romaine parcoure environ 25 km par jour (justum iter). Mais pour devancer un ennemi ou lui échapper, des marches forcées (maxima itinera) peuvent être organisée. Les légionnaires parcouraient ainsi jusqu’à 60 km par jour! En outre, le soldat est très chargé. Son bagage peut peser jusqu’à 40 kg. Il porte toutes ses armes avec lui, ses effets personnels, nécessaire de toilettes, vêtements, couverture, ses ustensiles de cuisine, ainsi que 17 jours de vivres.

            Les rations

Le blé (res frumentaria) est la base de l’alimentation du légionnaire. Souvent, le soldat transporte sa ration avec lui et fait cuire lui-même son pain. La boisson la plus consommée est la posca (mélange d’eau et de vinaigre). Le repas ordinaire (prandium) d’un légionnaire se compose d’une ration de 850g de blé, de 100g de lard, de 30g de fromage et ½ litre de vin.

            La solde et le butin

La solde (stipendium) aurait été instaurée dès l’époque de Camille. Au IIème siècle av jc, elle est de 3 as par jour pour le légionnaire et de 6 as par jour pour le centurion. Le butin (praeda) est ce qui motive les troupes à s’engager dans l’armée à partir de Marius.

            Les récompenses

A Rome, un soldat se bat avant tout pour la gloire et les récompenses sont honorifiques. Liste des gratifications:

laudes (éloges)

torques (colliers)

phalerae (médailles)

armilitae (bracelets)

hastae purae (armes d’honneur)

Coronae (couronnes) décernées aux soldats:

- Corona castrensis: couronne castrale offerte au soldat qui le premier est entré dans le camp de l’ennemi. Elle est aussi dite corona vallaris, car elle est ornée de palissades (vallum) car elle représente les palissades du camp ennemi.

- Corona muralis: couronne murale donnée au soldat qui a le premier escaladé les murs d’une ville assiégée.

- Corona civica: couronne civique composée de feuilles de chêne et de glands offerte au soldat qui a délivré ou sauvé la vie d’un autre soldat ou d’un citoyen pendant une bataille.

Les couronnes militaires

Coronae décernées aux officiers supérieurs:

- Corona navalis, appelée aussi corona rostrata: couronne imitant les éperons des bateaux (rostres) décernée à l’amiral qui a détruit une flotte ennemie.

- Corona obsidionalis: couronne de gazon et de fleurs sauvages, appelée aussi corona graminea. Elle est offerte au général qui a délivré une armée assiégée ou toute une légion en mauvaise posture. Pour les Romains, il s’agit de la récompense la plus prestigieuse parce qu’elle est la plus difficile à obtenir.

- Corona ovalis: couronne de myrte porté par le général lors de son ovation.

- Corona triumphalis: la couronne triomphale de feuilles de lauriers portée par un général pendant son triomphe.

Imperator: titre aussi donné par l’armée à un officier supérieur qui a tué toute une légion ennemie sur un champ de bataille (soit 6000 soldats adverse).

Supplicationes: prières publiques ordonnées par le Sénat envers un général qui a gagné une bataille.

Ovatio: entrée solennelle d’un général vainqueur dans Rome avec immolation d’une brebis (ovis) au Capitole.

-Triomphus: triomphe d’un général qui entre victorieusement dans Rome après une grande victoire. Le général défile sur un char tiré par quatre chevaux, revêtu du manteau pourpre, de la couronne de laurier et le visage peint en rouge. Pour un jour, il est l’égal du dieu Jupiter. Le cortège triomphal, dans lesquels défilent les principales scènes de bataille reconstituées, le butin ramenés, les ennemis enchaînés et l’armée victorieuse, se termine au Capitole, devant le Temple de Jupiter Optimus Maximus. Là, après un discours, le général victorieux va offrir un sacrifice au dieu.

            Le campement

Le camp est construit chaque soir selon un rituel immuable: l’augure trace les limites du camp et dit quelques prières de protection (le camp est assimilé à un temple). Ensuite, deux grandes lignes sont tracées à angle droit (le cardo et le decumanus). Les troupes dressent les tentes pendant qu’autres creusent le fossé de protection et érigent les palissades. Les tentes sont toujours dressées à la même place, et les légionnaires dorment toujours aux mêmes places, selon leur ordre de placement de bataille, cela afin d’être plus efficaces s’ils doivent rapidement manœuvrer. Un camp de deux légions occupe environ 45 hectares (550m x 800m).

Un camp romain

            Les manœuvres

Pendant une bataille, l’infanterie se place en quinconce sur trois lignes. L’infanterie lourde est au centre, c’est elle qui doit absorber le choc de la charge ennemie. Quand la première ligne faiblie, elle est remplacée par seconde ligne. L’armée romaine est très entrainée et très rapide à manœuvrer. Le roulement des combattants est orchestré par le son des cors ou le sifflet du centurion. Les alliés sont placés de chaque côté de l’infanterie lourde. La cavalerie est toujours disposée sur les deux ailes afin de pouvoir encerclée l’ennemi.

            Assiéger une place forte

Les Romains sont spécialistes pour assiéger une ville ou un fort. Les soldats procèdent d’abord à une levée de terre (agger) devant les murailles de l’assiégé. Cette opération vise à créer une large terrasse sur laquelle sont disposées des tours d’assaut, ainsi que des machines balistiques. Les catapultes, les arbalètes, les scorpions (fronde mécanique) ont pour but de détruire les murailles adverses après un long pilonnement. Pendant l’attaque, les légionnaires se regroupent en formation de tortue (testudo), pour éviter les projectiles ennemis. Ils utilisent un bélier (aries) pour créer une brèche dans les murs ou enfoncer une porte. Mais les Romains mènent aussi des opérations de sapement en creusant des galeries. Le but est de placer des mines sous les murailles pour les faire s’écrouler.

III. La marine

A la base, Rome est une puissance terrestre. Les légionnaires détestent servir dans la marine. En effet, les naufrages sont nombreux et beaucoup de Romains ne savent pas nager. Cependant, depuis les Guerres puniques, Rome a considérablement développé sa puissance maritime, au point qu’en 67 av jc, Pompée a pu lancer une gigantesque opération navale pour chasser tous les pirates de la Méditerranée.

La marine reste très célèbre à Rome. Au cours des guerres contre les latins, les Romains ont remporté une grande victoire en s’emparant de la ville portuaire d’Antium. Sur l’odre du consul Gaius Maenius, les éperons de bronze (rostra) des navires pris à l’ennemi ont servi a décoré la tribune aux harangues sur le Forum, que l’on a depuis rebaptisé les Rostres.

En 261, une quinquérème carthaginoise échouée a servi aux Romains de modèle pour se bâtir une flotte destinée à combattre les puniques. Et en 260, Gaius Duilius Nepos bat les carthaginois lors de la Bataille de Mylae. Une colonne a été érigée sur le Forum en souvenir de cette première victoire navale.

La colonne de Duilius

Les navires de guerres romains sont des vaisseaux à rame. Les rameurs (des esclaves) sont répartis sur plusieurs rangs, ce qui donne leurs noms au type navire: biremis, triremis, quadriremis et quinqueremis. Une quinquérème contient 300 rameurs, 120 soldats et quelques hommes d’équipage. Servir dans la marine était une telle corvée pour les Romains qu’ils ont rapidement fait appel à leurs alliés pour composer leur flotte de guerre.

Dans les batailles, la tactique consiste à éperonner un navire. En 37, Agrippa créa toute une véritable flotte de guerre avec un grand port, le Portus Iulius. Il installe sur tous les navires des harpax, des grappins d’abordage. Une fois le navire ennemi agrippé, les deux armées se battent sur le pont comme s’il s’agissait d’un engagement sur terre.